C’est une petite révolution discrète, mais stratégique, engagée au sommet de l’État. À la demande du Premier ministre François Bayrou, une circulaire émise le 25 juillet 2025 impose désormais l’usage exclusif de Tchap, la messagerie instantanée développée sous l’égide de la Direction interministérielle du Numérique, en lieu et place des géants américains ou russes (WhatsApp, Telegram, Signal…), pour toutes les communications professionnelles des agents publics.
Mais c’est quoi Tchap ?
Lancée en 2018, avec la contribution de l’ANSSI, du ministère des Affaires étrangères et du ministère des Armées, Tchap s’inscrit dans la lignée du télégraphe Chappe, dont elle porte le nom en hommage au pionnier de la communication sécurisée. Son objectif : permettre échanges instantanés, partages de documents et organisation collaborative entre ses 300 000 utilisateurs réguliers (agents, établissements hospitaliers et universités), le tout adossé à un chiffrement de bout en bout et à un contrôle strict des accès (réservés aux détenteurs d’une adresse mail institutionnelle).
Derrière cette décision, la volonté affichée n’est pas nouvelle : le gouvernement veut reprendre la main sur la sécurité des communications gouvernementales, loin des applications étrangères, dans un contexte de risques cyber accentués. Avec des données désormais hébergées sur des serveurs du ministère de l’Intérieur, le gouvernement entend garantir la “confidentialité totale” et une “maîtrise publique” des échanges professionnels entre agents du service public.
Limiter les risques
L’obligation d’adopter Tchap ne fait pas oublier les problèmes rencontrés par l’outil à ses débuts : lors de son lancement en 2019, une faille de sécurité avait permis à un internaute de s’inscrire sans email gouvernemental. La faille, alors colmatée rapidement, avait servi de leçon, incitant à renforcer en continu le dispositif de sécurité et la gestion des accès. Car si la plateforme récolte toutes les ambitions du gouvernement, elle n’est pas censée être accessible au grand public, mais veut plutôt se limiter aux différents services publics.
Ce virage n’exclut pas la coexistence momentanée d’autres solutions : la messagerie Olvid, plébiscitée sous l’ère Borne pour sa sécurité, reste tolérée dans certains cabinets, mais Tchap s’imposera pour toute communication avec les administrations officielles. La mesure peut paraître contraignante pour les usages quotidiens, mais elle témoigne surtout d’un contexte d’insécurité croissante : piratages de comptes Telegram d’élus, divulgations de données et multiplication des attaques contre les administrations ont convaincu l’exécutif d’aller plus loin.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.