Le jour même de la date limite du 12 août fixée pour un accord commercial entre les États-Unis et la Chine, l’administration Trump a conclu un arrangement pour le moins surprenant avec deux poids lourds des semi-conducteurs, Nvidia et AMD. Les deux sociétés ont accepté de reverser 15 % des revenus générés par la vente de puces dites « avancées » à la Chine, en échange de licences d’exportation pour leurs modèles H20 (Nvidia) et MI308 (AMD), rapporte le Financial Times.
Un prélèvement jamais vu sur les ventes à la Chine
Ce prélèvement est jugé inhabituel par les observateurs. En substance, le débat est le suivant : soit la vente de ces puces représente un risque pour la sécurité nationale, et dans ce cas le gouvernement US ne devrait pas l’autoriser. Soit elle ne représente pas un risque, et alors pourquoi imposer cette pénalité ?
Les analystes craignent que cet accord ne fragilise la position américaine en termes de contrôle des exportations, qui a été instauré à l’origine pour limiter le transfert de technologies sensibles vers Pékin. Nvidia avait estimé à 8 milliards de dollars ses pertes potentielles en cas de blocage des ventes de H20 en Chine, tandis qu’AMD anticipait un manque à gagner d’un milliard.
Pour ses défenseurs, cet accord permet aux entreprises de préserver l’accès à un marché chinois crucial, tout en apportant des recettes au Trésor américain. Pour ses détracteurs, il ressemble à un troc de protections stratégiques contre des revenus à court terme. « C’est comme échanger la sécurité nationale contre un chèque », résume un ancien conseiller au département du Commerce.
Les risques ne se limitent pas aux H20 ou aux MI308. Pékin chercherait aussi à obtenir la levée des restrictions sur les puces à mémoire à large bande passante (HBM), qui sont essentielles au développement d’IA de pointe. Joe Biden avait interdit leur exportation vers la Chine en 2024 pour freiner la montée en puissance de Huawei.
Les experts préviennent : lever les restrictions sur les HBM reviendrait à « aider Huawei à fabriquer de meilleures puces d’IA pour remplacer Nvidia », selon Gregory Allen, spécialiste au Center for Strategic and International Studies. Cela pourrait aussi détourner des ressources rares vers le marché chinois, au détriment de la production américaine, alors que la demande des data center aux États-Unis devrait déjà mobiliser l’essentiel de l’offre mondiale jusqu’en 2030.
Pour l’heure, l’accord sur les H20 ne prévoit pas de changement sur les HBM, mais la tentation d’élargir les concessions pourrait grandir au fil des discussions avec Pékin. Dans ce contexte, plusieurs responsables américains demandent à Donald Trump de rétablir les mesures mises en place sous Biden pour bloquer certaines exportations de puces. Toute ouverture supplémentaire pourrait accélérer la mainmise technologique de la Chine dans l’IA — et fragiliserait par la même occasion la position américaine sur le long terme.
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