Une population d’astéroïdes potentiellement dangereux pour la Terre pourrait se cacher dans un espace pratiquement invisible pour les télescopes actuels, selon une nouvelle étude.
La grande majorité des astéroïdes qui évoluent dans notre système solaire résident dans la ceinture d’astéroïdes principale, cette vaste bande située entre Mars et Jupiter qui contient de très nombreux corps célestes rocheux. La plupart du temps, ils ne posent pas le moindre risque pour la Terre, car ils évoluent sur des orbites stables dont ils ne vont pas s’extraire spontanément.
Par acquit de conscience, des institutions essaient tout de même de garder un œil sur les rares objets qui en sont éjectés, et notamment sur les NEO (pour Near-Earth Object, ou Objet proche de la Terre) qui pourraient éventuellement représenter une menace.
Si nous parvenons à surveiller ces astéroïdes proches, c’est parce que leur trajectoire les amène dans des zones du ciel où les télescopes peuvent les suivre sans trop de difficulté, permettant aux astronomes d’évaluer leur dangerosité. Mais tous les objets menaçants ne se laissent pas observer aussi simplement. C’est notamment le cas d’une population d’astéroïdes qui, selon une étude récente, mérite d’être étudiée de près, et pour cause : elle est à la fois quasiment invisible et potentiellement dangereuse.
Un risque très concret sur le long terme
Ces astéroïdes n’appartiennent pas à la ceinture d’astéroïdes principale. En fait, ils évoluent entre le Soleil et la Terre, plus précisément sur la même orbite que Vénus. Par conséquent, de notre point de vue, ils passent la majorité de leur temps noyés dans la lumière du Soleil. Cela signifie que les télescopes terrestres ne sont capables de les observer que dans des fenêtres très courtes, séparées par de longues périodes où ils sont pratiquement invisibles.
Et c’est un gros problème, car tous les astéroïdes dits co-vénusiens détectés à ce jour sont aussi connus pour évoluer sur des orbites hautement instables qui, en théorie, pourraient un jour les propulser droit vers la Terre sans que nous le réalisions.

« Notre étude montre qu’il existe une population d’astéroïdes potentiellement dangereux que nous ne pouvons pas détecter avec les télescopes actuels. », explique Valerio Carruba, astronome à l’Université d’État de São Paulo et auteur principal de l’étude. « Ils sont si difficiles à observer qu’ils restent invisibles, alors qu’ils peuvent représenter un risque réel de collision avec notre planète dans un futur lointain.», ajoute-t-il.
À l’heure actuelle, seuls 20 astéroïdes co-vénusiens ont été documentés. Mais des modélisations informatiques suggèrent qu’il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg ; une population bien plus vaste pourrait être passée sous les radars. Or, en simulant ces objets théoriques, l’équipe de Carruba a identifié plusieurs régions à risque, contenant des astéroïdes qui pourraient passer dangereusement près de notre planète. En fait, certains d’entre eux pourraient même approcher notre orbite à des distances si faibles que, statistiquement parlant, un impact dévastateur deviendrait pratiquement inévitable.
Vers une nouvelle mission d’observation dédiée ?
Pour autant, il n’y a pas de raison de céder à la panique. Selon les auteurs, ces probabilités s’échelonnent sur plusieurs milliers d’années. Un impact reste donc hautement improbable à l’échelle de notre civilisation.
Mais ces travaux soulignent tout de même l’importance de développer de nouveaux instruments capables de sonder cette zone d’ombre cosmique. Plus le temps passe, plus il devient important de collecter des données fiables pour affiner les modèles de défense planétaire sans dépendre de simulations ; c’est la seule façon d’anticiper ces risques très concrets qui, dans le pire des cas, pourraient transformer notre civilisation d’un jour à l’autre. Les auteurs suggèrent donc de lancer une mission dédiée pour cartographier cette population d’astéroïdes.
« Nous pensons que seule une campagne d’observation dédiée, conduite par une mission spatiale près de Vénus, pourrait cartographier et découvrir tous les astéroïdes potentiellement dangereux invisibles restants parmi les astéroïdes coorbitaux de Vénus », concluent les chercheurs.
Le texte de l’étude est disponible ici.
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