Le grand projet européen de dompter l’intelligence artificielle semblait bien lancé : l’AI Act, adopté en 2024, devait poser des limites claires aux algorithmes, protéger les citoyens et faire de l’UE un modèle éthique mondial. C’était avant que les lobbies et Washington ne rappellent à Bruxelles qui possède les cartes graphiques et la diplomatie militaire…
Pause café pour l’IA européenne
Selon le Financial Times, la Commission européenne s’apprête à présenter, le 19 novembre, un « paquet de simplification » qui pourrait bien transformer le texte le plus ambitieux du monde en version allégée. L’idée est d’offrir aux entreprises de la Silicon Valley un peu d’air, en leur accordant une « période de grâce » d’un an pour se mettre en conformité avec les règles les plus strictes. Une pause salutaire pour ne pas « perturber le marché ».
Bruxelles jure la main sur le cœur que l’AI Act reste une priorité et que cette « réflexion » ne remet rien en cause. Mais l’Europe, qui avait l’intention d’imposer son modèle, semble aujourd’hui redécouvrir les vertus de la souplesse. Surtout quand Donald Trump menace de couper les livraisons d’armes à l’Ukraine ou d’instaurer de nouveaux droits de douane.
Le projet de la Commission prévoit aussi de repousser à 2027 les sanctions prévues pour les violations des nouvelles règles de transparence. Les fournisseurs de systèmes génératifs déjà sur le marché pourraient bénéficier d’une année supplémentaire pour « adapter leurs pratiques ». Même les obligations de suivi et de documentation des systèmes à haut risque pourraient être « simplifiées ».
Officiellement, tout cela vise à « faciliter la compétitivité » et « éviter de freiner l’innovation ». Officieusement, c’est une façon de calmer le jeu avec les États-Unis, dont les géants — Meta, Google, Microsoft — n’ont jamais caché leur agacement face à une réglementation jugée trop tatillonne.
En coulisse, mieux vaut temporiser que d’irriter la Maison-Blanche. « L’UE reste pleinement attachée à l’AI Act et à ses objectifs », répète un porte-parole de la Commission, mais cela ressemble à un mantra qu’on se récite en boucle pour se convaincre soi-même. Certains eurodéputés, comme l’Italien Brando Benifei, s’étranglent : « Stopper l’horloge ne ferait qu’accroître l’incertitude juridique et laisser les citoyens exposés aux risques que la loi voulait prévenir ».
L’Europe voulait montrer qu’elle pouvait encadrer l’IA sans trembler. Elle va finir par offrir un délai de politesse à ceux qu’elle prétendait réguler. Derrière les grands principes, Bruxelles prouve une fois de plus qu’elle sait plier sans casser, surtout quand en face Donald Trump fronce les sourcils.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.