En 2019, le Cybertruck avait tout d’un tournant historique pour Tesla, une silhouette futuriste, une promesse d’indestructibilité et la conviction, chez Elon Musk, qu’il allait redéfinir le pick-up américain. Cinq ans plus tard, l’image est moins brillante !
Les volumes ne décollent pas, d’après plusieurs rapports financiers et plusieurs médias américains spécialisés, le modèle n’aurait représenté qu’une poignée de milliers d’unités livrées au troisième trimestre 2025. Une goutte d’eau à l’échelle de Tesla, qui dépasse pourtant les 490 000 livraisons sur la même période.
La Gigafactory du Texas, conçue pour produire plus de 120 000 Cybertruck par an, tourne très loin de son potentiel. Et les images aériennes montrant des centaines de pick-up immobilisés dans l’enceinte de l’usine n’aident pas vraiment à faire retomber la pression.
Des Cybertruck rachetés… mais pas par les clients
EN effet, Tesla aurait racheté ses propres véhicules ! Plusieurs sources américaines indiquent que SpaceX et xAI, deux entreprises du groupe Musk, ont commandé des flottes de Cybertruck pour leurs besoins internes. Ces achats ne passent pas par des clients externes, ce sont des transferts entre sociétés du même écosystème.
Dans le langage comptable, rien d’illégal ni de dissimulé, Tesla vend, SpaceX achète, les chiffres apparaissent correctement dans les bilans. Mais pour l’image publique, l’opération crée un effet étrange. Lorsque le pick-up le plus médiatisé de ces dernières années peine à trouver preneur, le fait que ses meilleurs clients soient finalement les entreprises du fondateur lui-même ne passe pas inaperçu.
Mais pourquoi Tesla écoulerait-il ses Cybertruck auprès de SpaceX ou xAI ?
- Éviter l’accumulation de stocks : un véhicule immobilisé coûte de l’argent, il se déprécie, occupe de la place, mobilise du capital. Lorsqu’un modèle est produit plus vite qu’il n’est vendu, trouver un débouché interne permet d’alléger temporairement la pression.
- Maintenir l’usine en mouvement : la ligne de production du Cybertruck est récente et coûteuse. La ralentir trop fortement reviendrait à renchérir encore un modèle déjà cher à fabriquer. Tesla a donc intérêt à garder un minimum d’activité, quitte à orienter une partie des unités vers des filiales.
- Donner l’exemple en interne : remplacer les pick-up thermiques utilisés par SpaceX par des Cybertruck peut aussi s’interpréter comme une démarche d’image, soit montrer que le groupe, dans son ensemble, utilise ce qu’il produit. Le geste est cohérent avec la communication habituelle de Musk, même si l’effet sur les chiffres commerciaux reste marginal.
Un choix symptomatique d’un modèle qui divise
Le Cybertruck n’a jamais été un pick-up comme les autres. C’est sa force et sa faiblesse. Son design radical a immédiatement provoqué fascination et rejet. Le marché des pick-up américains est l’un des plus conservateurs au monde, dominé par Ford, Ram et Chevrolet. Face à eux, le Cybertruck devait jouer la rupture. L’effet d’annonce a fonctionné mais l’effet de marché beaucoup moins.
La concurrence, elle, a progressé plus vite que prévu. Rivian a consolidé sa base de clients. Ford a ajusté son F-150 Lightning pour séduire les flottes professionnelles. Même GM prépare une gamme complète d’électrifiés dans ce segment.
Chaque Cybertruck invendu renvoie ainsi à la même question : le modèle était-il véritablement destiné au grand public, ou seulement à une niche prête à tout pour rouler dans une icône pop ?
Dans l’industrie auto, les transferts internes existent partout. Ils deviennent problématiques quand ils donnent l’impression de masquer un faux succès. Tesla n’en est pas là car le constructeur reste rentable, fait partie des leaders mondiaux du VE et vend toujours très bien ses Model Y et Model 3. Mais pour un modèle hautement symbolique comme le Cybertruck, la moindre faiblesse devient un sujet.
Le fait qu’Elon Musk soit à la tête de toutes les entreprises impliquées renforce l’effet de loupe. Un pick-up livré à SpaceX n’a évidemment pas la même valeur médiatique qu’un pick-up livré à un client lambda. Le geste nourrit l’idée d’une manœuvre de façade, même si, sur le plan financier, tout est parfaitement conforme.
Le Cybertruck n’est pas condamné. Il a encore une base de fans, une image unique et une technologie avancée. Mais Tesla ne peut plus se reposer uniquement sur sa communication ou son aura. L’entreprise arrive à un moment où chaque modèle doit convaincre par le prix, l’usage et la fiabilité, dans un marché devenu mature et très concurrentiel. Produire un pick-up en acier inoxydable anguleux n’est plus suffisant pour créer la rupture.
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