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Finalement, l’obligation d’installer des thermostats connectés sur tous les radiateurs est repoussée

Tous les propriétaires et locataires français devront équiper leurs logements de thermostats programmables. Une mesure qui fait grincer des dents, d’autant que l’aide financière prévue a déjà sauté en raison de fraudes massives.

Vous pensiez tranquillement tourner la molette de vos radiateurs entre 1 et 5 encore longtemps ? Raté. Le gouvernement a décidé que cette époque était révolue. Depuis juin 2023, un décret impose l’installation de systèmes de régulation automatique de la température dans tous les logements français. Concrètement, chaque radiateur devra être équipé d’un dispositif capable de gérer précisément la température, pièce par pièce, avec une programmation horaire.

L’addition risque de piquer puisqu’il faut compter entre 100 et 400 euros par thermostat connecté selon les modèles. Pour les logements équipés de plusieurs radiateurs électriques nécessitant des têtes thermostatiques individuelles, la facture peut vite dépasser le millier d’euros.

Deux exceptions existent toutefois. Les propriétaires de logements chauffés au poêle à bois échappent à l’obligation. Même chose pour ceux qui peuvent prouver, étude technique à l’appui, que l’installation ne sera pas rentabilisée sur dix ans. Mais attention, cette dérogation nécessite un dossier bien ficelé.

Une aide enterrée avant même d’avoir vraiment servi

Pour faire passer la pilule, le gouvernement avait lancé le « Coup de pouce Pilotage connecté du chauffage pièce par pièce » en décembre 2023. Cette prime pouvait atteindre 624 euros selon la surface du logement et couvrir jusqu’à 80 % des frais d’installation. Accessible à tous sans condition de ressources, elle semblait être la solution miracle pour accompagner les ménages.

Sauf que l’aide a tourné court. Olga Givernet, ministre déléguée à l’Énergie, a annoncé sa suspension dès le 22 novembre 2024, soit à peine un an après son lancement. La raison ? Des fraudes massives qui ont mis en péril tout le dispositif. Certains acteurs indélicats déclaraient des surfaces de logement largement exagérées pour toucher des primes plus importantes. D’autres détournaient les contrôles pourtant renforcés avec géolocalisation et horodatage des installations.

La ministre a promis de « remettre les choses sur les rails » en travaillant avec les professionnels du secteur. Mais pour l’instant, les particuliers se retrouvent face à une obligation légale sans le coup de pouce financier prévu. Seule la prime CEE classique reste disponible, avec des montants nettement moins généreux.

Du côté des politiques, la grogne monte. Bruno Retailleau, président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, s’est fendu d’un tweet ironique : « L’imagination des bureaucrates est sans limite. À ce rythme, il y aura bientôt des contrôles sur l’épaisseur des pulls, une commission chargée de vérifier l’efficacité énergétique des couettes et une obligation de cultiver une pilosité optimale pour réduire notre facture énergétique. »

Pourquoi une telle mesure ?

L’objectif affiché reste louable : réduire la consommation énergétique des ménages. Le chauffage représente près de 65 % des dépenses d’énergie dans les logements résidentiels. Avec un thermostat programmable, les économies peuvent atteindre 15 % selon l’ADEME. Baisser la température d’un seul degré permet déjà d’économiser 7 % d’énergie.

La mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de transition énergétique et de sobriété. Depuis 2018, tout nouveau logement ou toute installation de chaudière neuve doit déjà être équipé d’un thermostat. Le décret de 2023 étend simplement cette obligation aux équipements anciens.

Reste que pour beaucoup de Français, cette nouvelle contrainte ressemble surtout à une charge supplémentaire dans un contexte économique déjà tendu. D’autant que l’État n’a pas précisé comment seront effectués les contrôles après 2027, ni quelles sanctions s’appliqueront aux récalcitrants.

Volte-face gouvernementale, la mesure finalement repoussée à 2030

Coup de théâtre aujourd’hui. Après les multiples critiques et la polémique ayant gonflée sur les réseaux sociaux, Roland Lescure, ministre de l’Économie, a annoncé que l’obligation serait finalement reportée à 2030. Trois années de répit supplémentaires donc pour les quelque 27 millions de foyers français encore non équipés. Le ministre justifie ce recul en invoquant la nécessité de « laisser plus de souplesse aux ménages et aux professionnels pour s’équiper ». Un argument qui ressemble surtout à un aveu : imposer une telle contrainte sans aide financière, c’était mission impossible. D’autant que même Marine Le Pen s’était fendue d’un message demandant l’annulation pure et simple de la mesure, dénonçant « une charge énorme pour nombre de propriétaires ». Ce revirement gouvernemental montre que face au tollé général, l’exécutif a préféré battre en retraite plutôt que d’assumer une mesure impopulaire dans un contexte économique déjà tendu. Reste à savoir si d’ici 2030, une nouvelle aide verra le jour pour accompagner cette transition énergétique obligatoire.

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