Qui aurait imaginé que les câbles de fibre optique puissent servir à autre chose qu’à transporter des données ? Lors de la troisième édition de ses journées OpenTech, Orange a présenté une solution de « fiber sensing » capable de transformer les réseaux souterrains en capteurs géants. L’un des cas d’usage les plus parlants concerne la détection des fuites d’eau, développée en partenariat avec Veolia.
Les fuites d’eau à l’écoute du réseau
Le principe est presque contre-intuitif. Les fibres optiques, déployées massivement sous nos rues pour le très haut débit, peuvent aussi servir à détecter des phénomènes physiques. Vibrations, torsions, variations de température : tout ce qui perturbe légèrement la fibre modifie le signal lumineux qui la traverse. En injectant de la lumière et en analysant finement ces micro-déformations, il devient possible d’identifier des événements survenus à proximité immédiate du câble.
« En bon français, on se sert des fibres optiques enterrées comme capteurs », résume Christian Gacon, vice-président des réseaux fixe et haut débit chez Orange France. L’idée n’est pas nouvelle : cela fait « une bonne dizaine d’années » que le secteur évoque le potentiel du fiber sensing. La technologie est déjà utilisée dans des contextes industriels, par exemple pour surveiller des oléoducs sur de longues distances. Mais jusqu’ici, les usages restaient ciblés.
Ce qui change aujourd’hui, c’est la montée en puissance des équipements capables de « lire » les signaux optiques, et surtout les capacités de calcul pour interpréter les données collectées. Orange s’appuie notamment sur des partenaires techniques comme VIAVI Solutions et Lightsonic pour analyser ces perturbations et leur donner un sens opérationnel.
À Orange OpenTech, plusieurs scénarios étaient mis en scène : détection d’ouverture de trappes techniques, comptage de véhicules, observation de mouvements du sol… Mais c’est la chasse aux fuites d’eau qui a retenu l’attention, tant la démonstration était parlante.
Une fuite d’eau, même invisible en surface, produit un bruit continu perçu sous une forme de vibrations dans le sol. Ces vibrations « secouent » la fibre optique voisine et altèrent le signal lumineux. Les systèmes d’analyse peuvent alors identifier la signature caractéristique d’une fuite et même en localiser l’origine avec une précision appréciable. « Une fuite d’eau fait du bruit », rappelle Christian Gacon, et ce bruit devient une donnée exploitable.
Pour des acteurs comme Veolia, l’enjeu est considérable : repérer plus tôt les pertes sur les réseaux d’eau potable, limiter le gaspillage et intervenir de manière ciblée, sans multiplier les travaux exploratoires. L’intérêt est d’autant plus fort que l’infrastructure est déjà là : pas besoin d’installer de nouveaux capteurs, la fibre existante joue ce rôle en silence.
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