La nouvelle est tombée il y a quelques jours, et a fait trembler les restaurateurs français. L’enseigne Hema, connue pour ses articles de décoration et d’ameublement à bas prix, vient d’obtenir l’agrément pour accepter les titres-restaurant. Rien de révolutionnaire a priori, sauf que l’offre alimentaire de Hema se limite aux confiseries et aux snacks. Pas vraiment de quoi prendre un repas de midi sur le papier donc. Un détail qui a mené l’UMIH, principal syndicat patronal de la restauration, à envoyer une lettre enflammée au ministre du Commerce, pour dénoncer l’ouverture d’une véritable boîte de Pandore.
Hema cristallise des mois de tensions
Le dossier Hema ne serait sans doute pas aussi explosif, s’il ne témoignait pas d’une grogne de plus en plus violente dans le secteur de la restauration. Initialement pensés comme des chèques censés garantir l’accès des salariés à un déjeuner à proximité de leur lieu de travail, les tickets-restaurant ont lentement perdu leur vocation première (notamment pendant la crise sanitaire), pour autoriser l’achat de nourriture en grande surface. L’extension temporaire de la mesure en 2023 a finalement été prolongée encore et encore, jusqu’à fin 2026. Le gouvernement envisage même de la pérenniser via une réforme qui devrait être discutée au Parlement cette année.
En 2024, moins de 40% des titres-restaurant ont atterri dans de véritables restaurants, rapporte la Commission Nationale des Titres-Restaurant. Il y a quelques années encore, cette part était nettement supérieure. Un manque à gagner certain pour les restaurateurs qui crient au scandale, alors que le pouvoir d’achat des Françaises et des Français continue de chuter.
Vers une refonte totale des tickets resto ?
Si les titres peuvent financer les courses en supermarché, pourquoi pas les barres énergétiques chez un vendeur de sport, ou les snacks chez un marchand de décoration ? La question est posée par l’UMIH dans sa lettre ouverte, non sans un certain pessimisme. Pour les restaurateur, autoriser Hema a profiter de l’extension des tickets-restaurants revient à ouvrir une boite de Pandore, en encourageant les “dérives permises par l’extension du dispositif”.
Le problème, c’est que si le secteur de la restauration est mal en point, le pouvoir d’achat des consommateurs n’est pas non plus au beau fixe. Dans ce contexte où chaque euros compte, la fuite de revenus liés aux titres-restaurant est ressentie comme une hémorragie directe pour l’UMIH, qui dénonce près de 900 millions d’euros de “perte” par an. Côté salariés, l’extension du dispositif compte parmi l’une des mesures les plus populaires de ces dernières années.
Une solution à double plafond ?
Juridiquement, la réglementation actuelle autorise l’agrément de tout commerce vendant des produits alimentaires, même sans activité de restauration traditionnelle. Pour contenter tout le monde, l’UMIH propose l’instauration d’un double plafond de dépenses, plus élevé dans la restauration que dans la distribution classique. De son côté, le gouvernement souhaite pérenniser le système des titres-restaurant en grande distribution via une réforme prévue cette année au Parlement. La question n’est plus de savoir si ce dispositif s’élargira encore, mais plutôt à quelle vitesse et jusqu’où.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.