Nous le savons, Homo sapiens est la seule espèce au monde à avoir réussi l’exploit de transformer son environnement de vie en une gigantesque soupe de polymères. Une hyperbole à peine exagérée, puisque nous retrouvons des microplastiques jusqu’au plus profond de nos organismes et que des roches de plastiques (plastiglomérats) commencent à s’amonceler sur les littoraux du Brésil.
Dites-vous bien que vous pouvez ingérer, en moyenne, jusqu’à 1,5 million de particules de microplastique quotidiennement. C’est l’équivalent d’une demi-cuillère à café chaque jour, ou d’une carte de crédit par semaine. Pratique, sauf qu’on ne peut toujours pas payer ses courses avec son propre estomac. Si vous pensez que ce chiffre sort d’un chapeau, détrompez-vous : il provient d’une méta-analyse de 76 études publiée en 2024 sur la plateforme De Gruyter. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ces indésirables sont absolument partout. À moins de décider d’arrêter de boire, de manger ou de respirer (ce que l’on ne vous conseille qu’à moitié), il est désormais impossible d’y échapper.
Le chewing-gum : mâcher du pétrole, c’est chic
Vous pensiez rafraîchir votre haleine avant un rendez-vous en mâchant un chewing-gum ? C’est efficace, mais en réalité, vous êtes également en train de mastiquer un cocktail de polymères et de caoutchouc synthétique. Un seul gramme de gomme peut libérer jusqu’à 637 particules de microplastiques. Et ne comptez pas sur les alternatives naturelles pour sauver votre peau : elles sont tout aussi contaminées, probablement à cause des processus de production industriels et des plastiques des emballages, qui migrent vers le chewing-gum.
Le sel : assaisonner au PVC
Le sel marin est devenu si chargé en polymères qu’il sert désormais d’indicateur officiel pour mesurer le niveau de pollution des océans : sympathique. Mais si vous pensiez échapper au plastique en achetant du sel de l’Himalaya (par exemple), vendu avec des arguments marketing béton, nous sommes navrés de vous dire que vous avez tout faux. Cette étude de 2023 a démontré que les sels terrestres sont souvent plus contaminés que les sels marins, la faute encore aux process de transformation et d’emballage.
Comme si cela ne suffisait pas, les moulins à sel jetables en plastique vous assureront d’être encore plus intoxiqué. À chaque tour de poignet, le mécanisme frotte contre lui-même, et vous saupoudrez votre plat de 7 600 microparticules supplémentaires pour seulement 0,1g de sel moulu. Investissez donc, si vous le pouvez, dans un vrai moulin en bois ou en céramique ; ils sont plus chers certes, mais durent longtemps et vous éviteront au moins cette goutte de trop.
Pommes et carottes : le plastique venu d’en bas
On nous a seriné qu’il fallait manger des fruits et légumes pour rester en bonne santé (ce qui est vrai), mais personne ne nous a précisé que certains d’entre eux servaient de pailles géantes pour les nanoplastiques (des particules plus petites que 1 000 nanomètres). Les racines, plus particulièrement, qui puisent leur énergie dans des sols contaminés par le plastique, les transmettant ensuite au produit final.
Tous les fruits/légumes ne sont pas concernés de la même manière, et dans ce concours macabre, ce sont les pommes et les carottes qui caracolent en tête de liste. Heureusement, il semblerait que certains antioxydants (des pigments qui donnent leurs couleurs aux végétaux) puissent un peu contrebalancer les dégâts cellulaires causés par les nanoparticules.
Ne jetez pas vos Golden et vos belles carottes colorées pour autant ! Entre mourir du scorbut par manque de vitamine et laisser votre organisme gérer seul cette invasion de débris, la seconde option paraît plus raisonnable.
Thé et café : des infusions à l’arrière-goût amer
Vos amis du matin ne le sont peut-être pas totalement. S’il est prouvé que la caféine que contient le thé et le café est bénéfique pour la santé (sans abus, bien sûr), leurs contenants, eux, jouent contre vous. Prenons le thé, par exemple, lorsqu’il est emballé dans des petits sachets prêts à l’emploi.
Un seul d’entre eux, une fois infusé, peut libérer environ 11,6 milliards de particules de microplastiques. Des chiffres absolument délirants, qui s’expliquent par la composition des sachets, souvent conçus en nylon ou en PET (poly(téréphtalate d’éthylène)). Préférez-leur donc les sachets dits naturels, faits en cellulose, amidon de maïs ou en abaca (une fibre issue d’une variété de bananier), ou mieux, du thé en vrac.
Un autre problème vient de la température d’infusion : une fois que l’eau atteint les 95°C, la température de transition vitreuse du polymère est dépassée : la structure du sachet se fragilise et se désagrège dans votre tasse.
Pour le café, le tableau est un peu moins noir, mais si l’on se penche sur les cafés vendus à emporter, cela ne fait pas vraiment rêver. Les gobelets sont souvent tapissés d’un très fin film en polyéthylène, qui garantit leur étanchéité, mais au contact du liquide bouillant, ce revêtement largue à l’intérieur des milliers de particules.
Les fruits de mer : les faux boucs émissaires
Stars incontestées des JT dès que l’on aborde le sujet de la pollution marine, les fruits de mer sont en réalité des amateurs de bas étage si on les compare à tout ce que l’on vient de lister. Certes, certains organismes filtreurs comme les moules et les huîtres aspirent tout ce qui passe par leur coquille, mais ils ne sont pas tant pollués que cela. Par exemple, une moule ne contient « que » 0,2 à 0,7 microparticule de polymère par gramme (en moyenne).
Bien sûr, ce n’est pas parfait, mais à côté du thé, une assiette de moules passerait presque pour un plat détox’. En revanche, c’est peut-être un peu moins savoureux le matin, et pas très commode pour tremper ses tartines, nous en conviendrons.
Si vous tenez vraiment à votre santé, il ne vous reste qu’une solution : arrêter de manger, de boire et, par précaution, de respirer. Blague mise à part, il n’y a malheureusement pas grand-chose à faire, tant que la problématique de la pollution au plastique mondiale ne sera pas prise au sérieux par les décideurs politiques, qui ont visiblement d’autres chats à fouetter que de surveiller ce que nous ingérons. Les premières alertes sur la question datent pourtant des années 1980 et de nombreuses ONG travaillent d’arrache-pied pour que cette cause soit entendue, mais elles se battent contre de coriaces adversaires, qui ont tout à gagner pour que le plastique reste roi. Entre la bonne santé des populations et la bonne santé financière des géants de la pétrochimie (ExxonMobil, Dow, Sinopec, SABIC, TotalEnergies, INEOS, etc.), le choix semble déjà avoir été pris dans les hautes sphères.
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