Depuis plus de vingt ans, Steam est devenu un passage quasi obligé pour le jeu PC. L’outil lancé par Valve en 2003 était à l’origine une simple plateforme de distribution pour des titres comme Half-Life. Puis elle s’est progressivement imposée comme le plus grand magasin numérique du secteur, au point de façonner les habitudes de millions de joueurs et de développeurs. C’est justement cette position dominante qui se retrouve aujourd’hui au cœur d’une vaste bataille judiciaire au Royaume-Uni.
En effet, Valve va devoir faire face à une action collective de 656 millions de livres sterling (environ 754 millions d’euros), après une décision du Competition Appeal Tribunal de Londres autorisant la poursuite de la procédure. À l’origine de cette plainte se trouve la militante pour les droits numériques Vicki Shotbolt, qui agit au nom de près de 14 millions d’utilisateurs britanniques ayant acheté des jeux ou des contenus additionnels sur Steam depuis 2018.
Qu’est-il reproché à Valve ?
Le cœur de l’accusation repose sur deux piliers. D’une part, Valve est soupçonné d’imposer aux éditeurs et développeurs des clauses contractuelles qui les empêcheraient de vendre leurs jeux moins cher ou plus tôt sur des plateformes concurrentes. Une pratique qui limiterait artificiellement la concurrence sur le marché du jeu PC selon les plaignants. D’autre part, la plainte affirme que Steam “enferme” les joueurs dans son écosystème. Lorsqu’un titre est acheté sur la plateforme, tout le contenu additionnel doit également passer par Steam, ce qui renforce la dépendance des consommateurs au service de Valve.
Cette situation aurait permis à l’entreprise de maintenir une commission pouvant aller jusqu’à 30 % sur les ventes, un taux jugé excessif par les avocats de Shotbolt et qui tend à ne plus devenir le standard de l’industrie après de nombreuses plaintes. Selon eux, ce surcoût se répercute directement sur les prix payés par les joueurs. Les estimations avancées évoquent une perte moyenne comprise entre 22 et 44 livres par personne, ce qui à l’échelle de millions d’utilisateurs explique l’ampleur des sommes réclamées.
Valve se défend des accusations
Valve, de son côté, conteste la solidité du dossier. L’entreprise affirme que la plainte ne prend pas en compte le système des Steam Keys, des clés numériques que les éditeurs peuvent vendre en dehors de Steam tout en permettant l’activation sur la plateforme. Pour Valve, cet élément empêche d’établir clairement le niveau réel de commission et donc de prouver l’existence d’un prix injuste. Malgré ces arguments, le tribunal a estimé que l’affaire disposait d’éléments suffisants pour être examinée en profondeur.
L’enjeu dépasse largement le cas britannique. En effet, Steam reste un acteur central du marché mondial, avec plus de 19 000 jeux sortis en 2025 et un chiffre d’affaires estimé à 11,7 milliards de dollars. La décision finale pourrait donc faire jurisprudence et influencer la manière dont les grandes plateformes numériques structurent leurs relations avec les créateurs et les consommateurs. Certaines sont déjà des exemples à suivre, comme l’Epic Games Store qui ne prend que 12% de commission au plus haut.
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