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Une tempête hivernale d’une violence rare a frappé les États-Unis : quelles conséquences possibles en France ?

La tempête du siècle s’est abattue aux USA, plongeant le pays dans le chaos total. Outre-Atlantique, c’est l’enfer depuis trois jours ; un épisode extrême provoqué par ce que l’on appelle un vortex polaire. Doit-on craindre des répercussions dans l’Hexagone ?

C’est un décor de fin du monde qui s’est emparé de l’Amérique du Nord, déjà en proie à une vague de froid depuis une semaine. Ce lundi, une tempête ravageuse, baptisée Fern, a balayé les États-Unis, depuis New York à jusqu’à la Géorgie, laissant derrière elle un bilan humain et matériel désastreux. Le mercure est tombé brusquement autour du 23 janvier, jusqu’à atteindre les -45 °C dans les États du Midwest et les Grandes Plaines (comme le Dakota, le Minnesota ou l’Iowa).

L’air glacial en provenance de l’Arctique est venu frapper sans rencontrer d’obstacle, porté par un phénomène atmosphérique féroce : le décrochage du vortex polaire. Ce dôme d’air glacé peut-il traverser l’Atlantique et parlayser également l’Hexagone ?

L’Amérique piégée par un monstre atmosphérique

Selon les dernières informations partagées par TF1Info hier, la tempête a déjà tué 60 personnes, à cause d’accidents ou d’hypothermies : un bilan dramatique qui pourrait de plus s’alourdir. Plus d’un million de foyers sont plongés dans le noir, privés d’électricité en raison de l’effondrement des lignes électriques, qui se sont écroulées sous le poids de la neige. Certaines régions ont été ensevelies sous 60 cm de neige, tandis que plus au Sud, des pluies verglaçantes ont touché plusieurs États.

New York est littéralement « encerclée par la glace comme prisonnière de la banquise », pour reprendre les mots de nos confrères de franceinfo. La Grande Pomme n’avait pas subi un évènement hivernal aussi violent depuis 10 ans, avec le blizzard de janvier 2016 (Storm Jonas ou « Snowzilla ») qui avait emporté avec lui 55 vies, dont 6 décès officiellement recensés dans la cité qui ne dort jamais

L’origine de cette tempête est due à un phénomène atmosphérique se déroulant à 30 km d’altitude : le décrochage du vortex polaire. C’est une vaste zone cyclonique de basses pressions, une structure thermique qui se forme chaque hiver au-dessus de l’Arctique en raison du manque d’ensoleillement. À cette altitude, dans la stratosphère, des vents d’ouest surpuissants les bloquent et maintiennent un dôme d’air dont la température peut chuter jusqu’à – 80 °C.

Sous l’effet des ondes de Rossby (d’immenses mouvements d’air générés par le relief des montagnes ou les écarts de température entre les océans et les continents) le vortex a été secoué. Comme des vagues de fond remontant des couches basses de l’atmosphère, elles l’ont frappé, ce qui l’a déformé et brisé.

En se déformant à 30 km d’altitude, le vortex a forcé le Jet Stream (situé plus bas, vers 10 km) à quitter sa trajectoire rectiligne. Ce dernier s’est mis alors à onduler violemment, formant de larges méandres qui ont ouvert un boulevard par lequel le froid polaire a pu s’engouffrer jusqu’aux latitudes américaines. En rencontrant l’humidité du Golfe du Mexique, la vague de froid s’est transformée en seulement quelques jours en cette sévère tempête .

Paradoxalement, la douceur du début d’hiver américain lui a servi de carburant ; car cette chaleur a eu l’effet d’un véritable booster énergétique. Comme une tempête tire sa puissance du conflit entre deux masses d’air aux propriétés opposées, plus l’écart thermique est marqué, plus l’instabilité est forte.

En percutant de plein fouet l’incursion polaire, la vapeur d’eau chaude dégagée par le Golfe du Mexique s’est soudainement condensée, libérant une quantité phénoménale de chaleur latente. C’est ce processus, appelé cyclogénèse explosive, qui a dopé la dépression, créant des vents de la force d’un ouragan en faisant chuter des quantités invraisemblables de neige. Un autre effet pervers du réchauffement climatique : plus l’atmosphère est chaude, plus elle peut stocker d’eau et donc d’énergie dévastatrice. En résulte ainsi ce genre d’épisode, une « bombe météorologique » dont la puissance dépend de la chaleur des océans.

Vortex Polaire
Infographie représentant le mécanisme de la cyclogenèse explosive en sept étapes. © Napkin

France : le bouclier atlantique va-t-il tenir ?

Les dépressions touchant l’Amérique ont souvent des répercussions, bien que moindres, lorsqu’elles traversent l’Atlantique ; un phénomène qui se vérifie souvent lors de la saison des ouragans. Même si la tempête d’origine meurt en mer, l’énergie qu’elle a transmise au Jet Stream peut favoriser la naissance d’une nouvelle dépression secondaire à l’approche des côtes européennes (France, Royaume-Uni, Irlande). Faut-il préparer les doudounes et à affronter la neige, nous aussi, dans les jours qui viennent ?

Normalement, nous devrions y échapper, car même si les dépressions neigeuses poursuivront leur leur route vers l’est, elles vont devoir passer à travers un grand filtre : l’océan Atlantique, justement. Ses eaux de surface affichant une moyenne de 12 °C, la masse d’air polaire va se radoucir avant d’atteindre nos côtes. Selon les prévisions de Météo-France, les températures prévues dans les jours qui suivent sont dans la normale, et nous n’avons pas à craindre d’éventuelles retombées de la rupture du vortex polaire.

Le pire est passé, puisque le front froid se déplace actuellement vers le Nord-Est et le Canada, mais les températures restent glaciales dans une grande majorité du pays. Nos cousins québécois s’apprêtent, à leur tour, à essuyer la queue de la tempête Fern : de fortes chutes de neige sont prévues (jusqu’à 40 cm par endroit) et les Prairies (Alberta, Saskatchewan et Manitoba) subiront également un thermomètre au plus bas, affichant -45 °C. Il ne fait aucun doute que d’autres tempêtes aussi violentes frapperont de nouveau, étant donné que l’inertie thermique des océans continue de croître, chargeant l’air en une énergie destructrice qui ne demande qu’à être libérée. Nous sommes au premier rang du triste spectacle de la désagrégation des cycles saisonniers tels que l’humanité les a connus depuis l’Holocène : 12 000 ans d’une stabilité climatique relative, menacés par un petit siècle de progrès et d’industrialisation.

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