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L’État va se passer de Teams et Zoom avec l’app souveraine Visio

C’est un changement de taille qui se profile dans les ministères. D’ici 2027, les agents de l’État devront dire au revoir à Teams, Zoom et consorts pour passer sur « Visio », une plateforme maison pensée pour les besoins du service public. En toile de fond : moins de dépendance aux géants américains, plus de maîtrise technique et quelques économies au passage.

Aujourd’hui, chaque administration ou presque a sa petite habitude : Teams ici, Zoom là, Webex ailleurs. Résultat, un joyeux patchwork d’outils pas toujours compatibles entre eux, coûteux à maintenir et pas forcément rassurants sur le plan de la sécurité. Le gouvernement a donc décidé de simplifier tout ça.

Un grand ménage dans les outils de visioconférence

La solution s’appelle « Visio ». Développée par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), elle a vocation à devenir l’outil unique de visioconférence pour l’ensemble des services de l’État à l’horizon 2027. Le message est de tourner la page des plateformes extra-européennes (comprendre : américaines) pour reprendre la main sur des communications parfois sensibles.

« L’objectif est de mettre fin à l’utilisation de solutions non européennes et de garantir la sécurité et la confidentialité des communications électroniques publiques », a résumé David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État. Une déclaration qui intervient dans un contexte plus large, marqué par les débats récurrents sur la souveraineté numérique et la dépendance aux infrastructures étrangères.

Visio fait partie de la « Suite numérique », un ensemble d’outils pensés pour les agents publics, avec l’idée de remplacer progressivement des services comme Gmail ou Slack. Inutile toutefois d’espérer l’installer sur son ordinateur personnel : la plateforme est strictement réservée à l’administration.

Lancée en phase de test il y a un an, Visio n’est plus un simple prototype. La plateforme compte déjà environ 40.000 utilisateurs réguliers et son déploiement est en cours auprès de 200.000 agents. Plusieurs poids lourds de l’administration ont ouvert la voie, dont le CNRS, l’Assurance maladie, la Direction générale des Finances publiques et le ministère des Armées.

Au CNRS, par exemple, la transition est déjà planifiée : d’ici la fin mars 2026, les licences Zoom doivent disparaître au profit de Visio, pour les 34.000 agents de l’organisme et les 120.000 chercheurs associés. Une bascule à grande échelle, donc, mais progressive.

Sur le plan technique, l’État met en avant un outil « sérieux », conçu avec l’appui de l’ANSSI. L’hébergement est assuré par Outscale, filiale de Dassault Systèmes, sur une infrastructure labellisée SecNumCloud. Côté fonctionnalités, Visio n’a pas à rougir face aux solutions concurrentes : la transcription automatique des réunions et l’identification des intervenants reposent sur les technologies de la start-up française Pyannote. Et d’ici l’été 2026, un sous-titrage en temps réel doit venir compléter l’ensemble, grâce aux travaux du laboratoire Kyutai.

Mais le discours ne se limite pas à la sécurité ou à la technique. Le nerf de la guerre reste aussi financier. En mettant fin aux licences payantes, l’État estime pouvoir économiser environ 1 million d’euros par an pour chaque tranche de 100.000 utilisateurs migrés vers Visio. Un argument qui pèse lourd, surtout quand les budgets sont à la peine.

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