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La plateforme de données santé des Français lâche Microsoft

Après des années de polémiques, l’État lance la procédure pour confier l’hébergement du Health Data Hub à un opérateur européen certifié SecNumCloud. Une décision attendue de longue date, qui doit lever les blocages juridiques et politiques autour de cette plateforme stratégique de données de santé.

Le Health Data Hub va changer de maison. Le gouvernement a lancé la procédure de sélection d’un nouvel hébergeur pour la plateforme nationale de données de santé. L’objectif est de quitter les centres de données de Microsoft pour rejoindre un opérateur européen, qualifié SecNumCloud et donc hors de portée des législations extraterritoriales américaines. L’attribution du marché est attendue « d’ici à fin mars 2026 », précisent conjointement les ministères de la Santé, de la Réforme de l’État et du Numérique.

Un projet plombé par le choix de Microsoft

Lancé en 2019, le Health Data Hub – également appelé Plateforme de données de santé (PDS) – a l’ambition de devenir un vaste entrepôt de données destiné à la recherche. Il doit notamment accueillir une copie des données de santé détenues par l’Assurance maladie, afin de permettre aux chercheurs d’exploiter des jeux de données exhaustifs, sur de longues périodes. Sur le papier, l’outil est stratégique. Dans les faits, son hébergement chez Azure, la plateforme de Microsoft, a généré bon nombre de critiques et freiné son développement.

Dès l’origine, le recours à un géant américain du cloud a suscité de vives réserves. En cause : les risques d’accès aux données par les autorités américaines, en vertu de textes comme le Cloud Act. La Cnil n’a jamais donné son feu vert à un transfert global des données de l’Assurance maladie vers la plateforme. La Commission informatique et libertés a, au contraire, limité son autorisation à des transferts temporaires, encadrés et liés à des projets précis, loin de la logique d’entrepôt généralisé envisagée par l’État.

Ce verrou réglementaire a durablement empêché le Health Data Hub de décoller. L’exécutif en a progressivement pris acte. En avril 2025, la ministre déléguée chargée du Numérique de l’époque, Clara Chappaz, avait déjà indiqué devant l’Assemblée nationale que le gouvernement souhaitait enclencher un appel d’offres pour faire migrer le Health Data Hub chez un opérateur sécurisé.

Le cahier des charges est le suivant : seuls des fournisseurs qualifiés SecNumCloud pourront faire acte de candidature. Ce label, délivré par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), impose notamment que l’opérateur ne soit soumis à aucune législation non européenne. De facto, il exclut les poids lourds américains comme Microsoft, Amazon Web Services (AWS) ou Google.

Plusieurs acteurs français sont en mesure de se positionner, dont OVH, Cloud Temple ou encore Sens, un opérateur adossé au groupe Thales, mais reposant sur une technologie cloud fournie par Google. Un point qui pourrait, là encore, nourrir les débats. Le calendrier retenu – une attribution du marché fin mars 2026 – laisse entrevoir une transition longue et délicate. Car au-delà du symbole politique, la migration d’une infrastructure aussi sensible pose des questions techniques, d’organisation et… de budget.

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