Quand le règlement européen Ecodesign est entré en application, beaucoup y ont vu une bonne nouvelle pour les utilisateurs. Finis, pensait-on, les smartphones abandonnés au bout de deux ou trois ans. Bruxelles exigeait un meilleur suivi logiciel, sur une durée minimale de cinq ans. Sur le papier, l’intention était louable. Dans les faits, la formulation laisse plus de marge qu’il n’y paraît et Motorola s’est engouffré dans l’ouverture.
Tout se joue sur un « si »
Le constructeur a récemment lancé en Europe plusieurs modèles d’entrée et de milieu de gamme, dont les Moto G17 et G17 Power. Des appareils commercialisés avec Android 15, une version du système sortie en 2024, et pour lesquels aucune mise à jour majeure d’Android n’est garantie. En revanche, Motorola promet des correctifs de sécurité sur plusieurs années. Une politique qui peut sembler pingre, mais qui respecte scrupuleusement la lettre du règlement européen.
Le détail qui change tout se trouve dans l’annexe 2 du texte Ecodesign. La règle précise que si un fabricant fournit des mises à jour de sécurité, correctives ou fonctionnelles, celles-ci doivent être disponibles gratuitement pendant au moins cinq ans après la fin de commercialisation du modèle. Le mot clé est bien « si ».
Autrement dit, le règlement ne contraint pas explicitement les fabricants à publier des mises à jour. Il leur impose seulement de maintenir l’accès aux mises à jour existantes sur la durée. Une nuance de juriste, certes, mais aux conséquences très concrètes. Un constructeur peut donc lancer un smartphone, proposer une unique mise à jour — voire aucune — et rester parfaitement dans les clous.
Cette interprétation a été confirmée noir sur blanc par les autorités finlandaises chargées de faire respecter le texte. Interrogées sur le sujet par le site Afterdawn, elles estiment que les fabricants ne sont pas obligés de produire de nouvelles mises à jour, mais seulement de conserver celles qui existent pendant cinq ans après la fin des ventes. Un cas d’école de décalage entre l’esprit d’une loi et sa rédaction finale.
Dans ce contexte, Motorola apparaît presque comme l’élève le plus attentif de la classe, celui qui a lu les petites lignes quand les autres se contentaient du résumé. Filiale du groupe Lenovo, la marque a visiblement travaillé le texte avec ses juristes et ajusté sa stratégie en conséquence. Le contraste est saisissant avec d’autres constructeurs. OnePlus a allongé la durée de suivi de ses smartphones, y compris sur des modèles abordables. Honor a fait de même pour ses appareils vendus en Europe. Quant à Samsung et Google, ils mettent désormais en avant des promesses de mises à jour pendant 7 ans, pour Android y compris.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.