À l’occasion du Pokémon Day fêté chaque année en souvenir de la sortie de Pokémon Rouge et Vert au Japon, on s’est dit qu’il était temps de prendre le sujet au sérieux. Trop sérieux, peut-être. Et ça tombe bien, puisque la rédaction n’est visiblement pas la seule à s’interroger. Dans leur livre Petit traité de physique à l’usage des geeks publié chez Albin Michel au mois de janvier, Cédric Ray et Pol Grasland-Mongrain s’interrogent avec une rigueur scientifique inédite sur les grands mystères de la pop culture.
La science derrière les Pokéballs
Pikachu mesure 0,4 mètre et pèse 6 kg. La Pokéball, elle, fait à peu près la taille d’une balle de baseball, soit environ 7 cm de diamètre et un volume d’environ 150 cm³. Le compte est vite fait : pour faire rentrer notre mascotte électrique préférée dans cette petite sphère rouge et blanche, il faudrait le comprimer par un facteur d’environ 200. C’est impressionnant, mais rappelons que Pikachu est loin d’être le monstre de poche le plus impressionnant du bestiaire de Game Freak.
Alors, comment le jeu s’en sort-il ? La réponse officielle des jeux et de l’animé relève grossièrement du tour de passe-passe. Pourtant, lorsqu’on s’y intéresse de plus près, la physique derrière les capsules du Prof Chen sont un bijou de technologie. Voici plusieurs hypothèses sur leur fonctionnement.

Option 1 : mieux ranger les atomes (méthode Marie Kondo)
Première idée : si on ne peut pas réduire Pikachu, on peut au moins mieux organiser la matière qui le compose ? Les Pokémon sont des êtres vivants, donc principalement constitués d’eau. Et une molécule d’eau, ça laisse des espaces entre elle et ses voisines. Le problème, c’est que l’eau est quasiment incompressible, les molécules se repoussent dès qu’on tente de les rapprocher à cause des interactions électrostatiques entre leurs nuages électroniques. Et même en considérant un Pokémon comme Steelix, qui est censé être composé d’acier pur, le meilleur arrangement possible des atomes de fer ne permet de gagner que 26 % d’espace estiment Cédric Ray et Pol Grasland-Mongrain. Pas suffisant pour faire rentrer un serpent de neuf mètres dans une balle.

Option 2 : comprimer les atomes eux-mêmes (méthode Rutherford)
Deuxième idée, plus ambitieuse : s’attaquer directement à l’intérieur des atomes. Parce que, comme le rappelle Petit traité de physique à l’usage des geeks, la matière est essentiellement du vide, conformément à la démonstration du physicien Ernest Rutherford au début du XXe siècle. Plus précisément, la masse de l’atome est concentrée dans un noyau minuscule au centre, entouré d’électrons qui gravitent dans le vide.
Il existe donc, en théorie, un gigantesque espace à compresser à l’intérieur même des atomes d’un Pokémon. Le problème, c’est que les électrons ne peuvent pas se rapprocher du noyau à volonté. Il faudrait des températures extrêmes. Autant dire que la Pokéball et son occupant auraient du mal à rester intacts.
Option 3 : remplacer les électrons par des muons
C’est là que l’expérience devient vraiment bizarre, et qu’elle dépasse notre propre champ de compréhension. Le livre nous offre une piste fascinante : et si on remplaçait les électrons par des muons ? Les muons sont des particules qui ressemblent aux électrons en tout point, à une exception près : ils sont environ 200 fois plus lourds. Or, l’orbite d’un électron autour de son noyau dépend directement de sa masse. Un muon, étant 200 fois plus lourd, orbiterait 200 fois plus près du noyau. Un atome muonique aurait donc un volume réduit d’un facteur 8 millions.
Seul problème : un Pokémon de 100 mètres de haut comme Éthernatos ne mesurerait plus qu’un dixième du diamètre d’un cheveu. La technique marche donc un peu trop bien pour être vraiment exploitable. La bonne nouvelle, c’est que les atomes muoniques existent. On sait les fabriquer en laboratoire, et on les étudie pour leurs propriétés. La mauvaise, c’est que leur durée de vie n’est que de quelques microsecondes. Ils sont en effet particulièrement instables, et ont la fâcheuse habitude de se désintégrer à tout bout de champs. Il faudrait donc que la Pokéball dispose d’un mécanisme capable de maintenir les muons stables indéfiniment, ou de bloquer leur désintégration.

Option 4 : les quarks
On pourrait aller encore plus loin en compressant non plus les atomes, mais leur noyau. Les protons et neutrons sont eux-mêmes constitués de particules encore plus petites : les quarks, imaginés par Murray Gell-Mann et mis en évidence expérimentalement en 1968 à Stanford. Sauf que là, on est bloqués : le noyau est déjà une assemblée ultra-dense, et sa taille n’a de toute façon aucun impact sur la taille de l’atome, qui dépend uniquement de ses électrons.
Le vrai problème, c’est la masse
En marge de toutes les passionnantes théories mises en avant dans le livre, Petit traité de physique à l’usage des geeks n’explique pas vraiment faire rentrer un Pokémon dans sa Pokéball. D’autant plus que même si on trouvait une solution pour rétrécir Pikachu, il resterait un obstacle de taille : la masse. Dans toutes ces hypothèses, le Pokémon conserve a priori sa masse. Ronflex, le pokémon le plus lourd de la première génération, pèse 460 kg. Bamboiselle et Cosmovum frôlent la tonne. Compacté ou pas, il faudrait un dresseur sacrément musclé pour transporter une Pokéball. Soit Sacha est un disciple caché de Tibo Inshape, soit il ne faut pas chercher très loin, et le monde de Polkémon n’a en réalité pas franchement de logique scientifique.
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