Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, 168 millions de voyageurs ont pris le TGV en France et en Europe. C’est 3,5 % de plus qu’en 2024, et surtout 18 % de plus qu’en 2019. Le train à grande vitesse n’a jamais été aussi populaire. Problème : le nouveau TGV M, censé renouveler la flotte, accumule les retards. Les premières rames ne sont attendues qu’à partir de juillet 2026, avec deux ans de décalage.
Les TGV font de la résistance
Plutôt que de réduire la voilure, SNCF Voyageurs a décidé en 2023 de revoir sa copie. Le programme O2D (Opération Obsolescence Déprogrammée) prolonge la vie de 104 rames, soit près d’un tiers du parc actuel. Certaines, prévues pour 34 ans de service, pourraient rouler jusqu’à 40, voire 50 ans. Pour des trains à grande vitesse, c’est inédit à l’échelle mondiale.
Avant de sortir les clés et les tournevis, chaque rame est auscultée de fond en comble : structure, châssis, installations électriques. Trois cas de figure. Les rames en bon état bénéficient d’un petit lifting et gagnent deux à quatre ans. Les plus robustes, notamment les modèles à deux niveaux, peuvent repartir pour dix à quinze ans supplémentaires après des travaux bien plus lourds. Les autres, trop fatiguées, sont mises à la retraite… mais pas complètement : transformées en « rames magasins », elles servent de banque de pièces détachées.
Pour les rames les moins atteintes, il faut compter environ un mois de travaux : nouveaux sièges, moquettes fraîches, prises et luminaires modernisés, sanitaires et bar remis à neuf, peinture extérieure revue. Pour les rames à deux niveaux, c’est un chantier d’une autre ampleur : trois ans d’études, près de six mois d’intervention, modernisation technique, amélioration des systèmes de sécurité.
Concrètement, O2D n’est pas qu’un coup de pinceau. Dès 2027, les rames prolongées permettront de préserver 17.700 places dans le parc TGV. Entre 2027 et 2034, la capacité sauvegardée atteindra en moyenne 22.100 places, soit l’équivalent de 52 rames. Autrement dit, environ 15 % de la capacité actuelle. Dès cette année, 26 rames rénovées reprendront du service, puis 23 autres en 2027. La remise à niveau des restantes s’étalera jusqu’en 2033.
La fabrication d’un train concentre la plus grande part des émissions de CO₂. En prolongeant la durée de vie des rames existantes, SNCF Voyageurs estime éviter 6,7 millions de tonnes de CO₂, soit un peu plus de 5 % des émissions annuelles du secteur des transports en France (128 MtCO₂ en 2023). Plus de 10.500 pièces sont par ailleurs récupérées sur les rames « magasins ».
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