Il aura fallu attendre le 16 avril 2026, pour que Luca de Meo, patron du groupe Kering, confime à Reuters ce que le milieu de la tech attendait depuis près d’un an : des lunettes connectées estampillées Gucci, construites sur Android XR, la plateforme de Google dédiée à la réalité étendue, arriveront « probablement l’année prochaine, en 2027 ». Une formulation prudente, mais suffisamment précise pour que le marché comprenne le message.
Rattraper les Ray-Ban Meta, et faire oublier les Google Glass
Ce n’est pas anodin. Depuis que Meta a prouvé que ses Ray-Ban connectées pouvaient devenir un carton commercial, les géants de la tech multiplient les partenariats avec des fabricants de lunettes capables d’habiller leur électronique. Google a déjà signé avec Warby Parker et Gentle Monster. S’attaquer à Gucci, c’est un autre registre. Comme chez Ray-Ban, la marque à double G vend un statut social plus que des lunettes. Et c’est précisément ce que Google cherche à acheter.
L’échec des Google Glass, lancées en 2013, tenait à plusieurs raisons. Le prix prohibitif, la technologie immature, mais surtout le design massif et très approximatif des lunettes. Les « Glassholes », comme les avait surnommés la presse américaine, cristallisaient le rejet collectif d’un objet techno-technologique, conçu comme une démonstration technique plus qu’un objet vraiment utile. Après deux ans d’acharnement thérapeutique, Google a fini par abandonner le projet grand public en 2015.
Meta a mis un terme à cette série noire, en transformant les lunettes connectées en accessoire de mode. Le partenariat avec Ray-Ban, puis avec Oakley, a validé cette approche : en 2025, plsu de sept millions de paires de lunettes connectées Meta avaient été vendues. Un chiffre qui a plus que triplé en un an, et enregistré pour la première fois de son histoire une croissance à deux chiffres sur ses revenus annuels.
Google tire la même leçon, mais avec une ambition tarifaire supérieure. En s’appuyant sur Kering Eyewear, qui fabrique notamment pour Gucci, Balenciaga et Saint Laurent, Mountain View se positionne sur le segment du luxe, avec ses codes esthétiques immédiatement identifiables, son histoire et sa clientèle.
Effacer Google pour mieux vendre
Techniquement, les lunettes embarqueront caméra, microphones et haut-parleurs, avec Gemini comme intelligence centrale. Un verre optique intégré en option permettrait des fonctionnalités discrètes, comme la traduction simultanée, la navigation, ou encore l’accès à sa messagerie sans avoir à poser les yeux sur son smartphone. La fiche technique reste volontairement vague, presque autant que le prix, qu’on imagine déjà stratosphérique.
Pour Kering, l’enjeu est aussi très concret financièrement. Le groupe traverse un passage difficile, avec des ventes en berne et des chiffres de vente qui s’effondrent. Une paire de lunettes connectées qui se vendrait à grande échelle représenterait un flux de revenus supplémentaire.
La vraie inconnue reste celle que les Google Glass avaient soulevée sans jamais la résoudre : la caméra embarquée. Mettre une caméra sur le visage de quelqu’un dans l’espace public soulève des questions de vie privée que ni Gucci ni Google n’ont encore eu à traiter frontalement. Le cadre réglementaire européen sera particulièrement attentif au sujet. Meta avait réussi à esquiver le problème à coups de lumière témoin et de coups de communication sur la transparence. Reste à voir si Google s’en sortira aussi bien.
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