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D’étranges signaux radio cosmiques frappaient la Terre depuis des années : leur origine commence peut-être à être comprise

Grâce à la puissance combinée de télescopes de nouvelle génération et de la NASA, des astronomes ont enfin décodé les signaux radio les plus énigmatiques que nous envoie le cosmos.

Depuis 2022, des sursauts radio lents et répétitifs atteignent nos instruments. Cette année-là, l’équipe de la radioastronome Natasha Hurley-Walker décrivait dans la revue Nature une première manifestation de ce type, baptisée GLEAM-X J1627 et repérée dans des données datant de 2018. On les appelle des « transitoires radio à longue période » (TLP), car leur cadence de répétition diffère de celle d’un pulsar (étoile à neutrons à rotation très rapide) et leurs impulsions s’étalent sur quelques minutes à plusieurs heures.

Repérés par hasard au gré de relevés balayant de larges portions du ciel, ils restent rarissimes : on n’en a recensé qu’une douzaine à ce jour. L’un d’eux pulse, dans les archives, depuis plus de trente ans, d’autres s’éteignent plusieurs jours d’affilée ou se taisent définitivement. Pour dix d’entre eux, nous ignorons complètement leur origine.

Un mystère qu’une équipe internationale menée par l’Université de Sydney vient en partie de lever. Dans une étude publiée le 1er juin 2026 dans la revue Nature Astronomy, elle décrit ASKAP J1745−5051, le premier de ces TLP dont la nature a pu être identifiée avec certitude. Encore mieux : c’est le premier observé à la fois en ondes radio, en rayons X et en lumière visible

Le faux coupable

Lorsqu’ils ont été confrontés pour la première fois à ces ondes radio, ils ont cru avoir affaire à des émissions de pulsars, mais l’hypothèse n’a pas tenu très longtemps. En effet, le premier TLP connu se répétait toutes les dix-huit minutes environ, un rythme sans commune mesure avec celui d’un pulsar ordinaire, qui clignote toutes les quelques secondes. Ces derniers sont les cœurs ultradenses laissés par l’explosion en supernova d’étoiles massives : en ralentissant, un pulsar ne peut physiquement plus émettre dans les ondes radio.

Les astronomes ont alors réorienté leurs recherches vers les naines blanches, les vestiges d’étoiles de masse modeste qui se sont éteintes une fois leur combustible épuisé. Bien plus volumineuses qu’un pulsar, elles tournent naturellement plus lentement, ce qui permet d’expliquer pourquoi leurs impulsions sont espacées de plusieurs minutes sans buter sur la limite physique qui condamnait l’hypothèse du pulsar.

Grâce à l’analyse portée sur ASKAP J1745−5051, c’est bien cette seconde hypothèse qui a été validée. Il appartient à une catégorie nommée « variables cataclysmiques » : un couple formé d’une naine blanche (comprimée ici à la taille de la Terre pour une masse proche de celle du Soleil) et d’une naine rouge compagne, dix fois moins massive que notre étoile. Les deux corps bouclent leur orbite en seulement 81 minutes, soit 1,35 heure. Cette ronde est si serrée que la gravité de la naine blanche arrache la matière de sa voisine et l’aspire vers elle par accrétion.

En tourbillonnant vers la naine blanche, la matière dérobée s’échauffe et émet des rayons X, captés par l’observatoire Swift de la NASA et le télescope Einstein Probe, mis en service en 2024. Les sursauts radio, eux, ont été repérés par le radiotélescope ASKAP (Australian Square Kilometre Array Pathfinder) du CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation), en Australie. Ils naissent de l’interaction entre des particules chargées et les champs magnétiques colossaux des deux étoiles, des milliers de fois plus intenses que celui d’un appareil d’IRM. Rayons X et ondes radio battent au rythme de l’orbite, dès que le couple termine sa révolution.

Une pierre de Rosette stellaire

D’où l’image de la pierre de Rosette, utilisée par les chercheurs, pour surnommer ASKAP J1745−5051. Sur cette stèle égyptienne exhumée en 1799 figurait un même décret gravé en trois écritures : hiéroglyphes égyptiens, grec ancien et démotique (une écriture égyptienne cursive). C’est parce que l’une d’elles, le grec, était comprise que le linguiste et égyptologue Jean-François Champollion put en faire la passerelle qui lui livra le sens des hiéroglyphes en 1822. Ce que fut la pierre de Rosette à l’égyptologie, ASKAP J1745−5051 l’est pour la radioastronomie.

La plupart des TLP ne se manifestant que dans une seule longueur d’onde (le spectre radio), les astronomes ne parvenaient pas à les déchiffrer entièrement. Désormais, il leur suffit, en théorie, de comparer les autres signaux à ASKAP J1745−5051 pour déterminer si ces objets sont des variantes d’un même phénomène ou des astres de natures différentes réunis par hasard sous une même étiquette.

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