Il aura fallu des mois d’annonces présidentielles, un passage à l’Assemblée nationale, un vote au Sénat et une proposition de loi en deux articles pour en arriver là. Ce mercredi 17 juin, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a confirmé sur franceinfo ce que beaucoup attendaient : le téléphone portable sera interdit dans tous les lycées de France à compter du 1er septembre 2026. « Je considère que c’est quelque chose d’absolument majeur pour nos élèves », a déclaré le ministre, conditionnant toutefois l’application du texte à une publication de la loi avant l’été.
La mesure n’est pas tombée du ciel. Elle s’inscrit dans une proposition de loi plus large, votée en première lecture à l’Assemblée nationale le 26 janvier 2026, puis amendée au Sénat fin mars. Le texte contient deux volets distincts : l’interdiction du portable au lycée, et l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans, sur le modèle de ce qui existera bientôt au Royaume-Uni et en Australie.
Une mesure inscrite dans la continuité
L’interdiction des téléphones en milieu scolaire ne date pas d’hier. Depuis 2018, la règle est en vigueur de la maternelle au collège, du moins sur le papier. La nouveauté de 2025, c’est le dispositif dit « Portable en pause », qui a tenté de donner une traduction concrète à cette interdiction dans les collèges : les élèves glissent leur smartphone dans une pochette individuelle verrouillée à l’entrée de l’établissement, qu’ils ne récupèrent qu’en sortant.
Le gouvernement s’était félicité des premiers bilans. Sauf qu’une enquête du SNPDEN (le principal syndicat de chefs d’établissements) publiée en septembre 2025 estimait qu’à peine 8,5 % des collèges avaient réellement mis en œuvre le dispositif. 67 % des directeurs ne comptaient pas l’appliquer, les deux tiers des établissements refusant de s’y conformer dès la rentrée.
Lycée, les mêmes problèmes en plus compliqué
La différence avec le collège n’est pas que logistique. Les lycéens sont majeurs pour une partie d’entre eux, plus mobiles, et changent de salle plusieurs fois dans la journée. Ils utilisent leur téléphone pour consulter les transports, communiquer avec leur famille, accéder à l’ENT (l’espace numérique de travail) ou à des applications pédagogiques que leurs propres professeurs leur demandent d’installer. Interdire totalement le portable, c’est aussi potentiellement couper des usages qui se sont installés naturellement dans les pratiques d’enseignement au fil du temps.
Les syndicats de vie scolaire ont, quant à eux, pointé le manque de moyens humains pour assurer le contrôle au quotidien, et rappelé qu’ajouter une tâche supplémentaire aux équipes sans budget ni formation supplémentaire risquait de n’avoir aucune incidence réelle.
La question n’est pas anodine sur le fond. L’usage excessif des écrans chez les adolescents est un sujet sérieux et récurrent, porté comme un enjeu de santé publique par le ministère.
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