90 % des Britanniques sont favorables à la mesure. Après une consultation publique du gouvernement britannique, une grande majorité des 116 000 votantes et votants se sont déclarés favorables à une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Face à ce signal, difficile pour le Premier ministre Keir Starmer de fermer les yeux. Le 15 juin, depuis Downing Street, il a annoncé l’interdiction légale pour les moins de seize ans d’accéder à une liste de plateformes jugées à « haut risque » : TikTok, Snapchat, Instagram, Facebook, YouTube et X. La loi devrait entrer en vigueur au printemps 2027.
Ce que la loi prévoit concrètement
Le texte s’appuie sur le Children’s Wellbeing and Schools Act 2026, qui oblige le gouvernement à imposer des restrictions d’âge ou de fonctionnalités pour les moins de seize ans. Le résultat va au-delà d’une simple limite d’âge déclarative, puisque les plateformes sont désormais tenues de mettre en place des vérifications actives de l’âge de leurs utilisateurs, via des outils de reconnaissance faciale ou des scans de documents d’identité, à la manière de ce qui existe déjà sur les sites pornographiques. En cas de manquement, elles s’exposent à des amendes de plusieurs millions d’euros.
La mesure ne se limite pas aux réseaux sociaux au sens strict. Les moins de seize ans seront également exclus des fonctions de livestream sur les plateformes de jeux vidéo, et il leur sera interdit de recevoir des messages de la part d’inconnus. Pour les moins de dix-huit ans, les chatbots d’IA à vocation romantique ou sexuelle seront bloqués, et tous les services de ce type devront restreindre leurs « fonctionnalités intimes » aux utilisateurs majeurs. Des couvre-feux nocturnes sur certains services et des interruptions du scroll infini sont aussi à l’étude. Les modalités précises du dispositif devraient être présentées en juillet. À noter que WhatsApp, Signal et YouTube Kids échappent pour l’instant à l’interdiction, ce qui pose déjà des questions sur la cohérence du dispositif.
L’ambition affichée est de surpasser le modèle australien. Le pays des kangourous avait été le premier à franchir le pas en 2024, en interdisant les réseaux sociaux aux moins de seize ans. Le Royaume-Uni s’en inspire mais promet d’aller plus loin, notamment sur le gaming et les IA conversationnelles. De leur côté, les États-Unis, via leur ambassade à Londres, ont déjà fait savoir leur opposition à ces mesures, estimant qu’elles risquaient de peser de manière disproportionnée sur les entreprises technologiques américaines et de poser des problèmes au regard de la liberté d’expression. Le sujet devait être abordé en marge du G7.
Une efficacité disputée
Les détracteurs du projet sont nombreux, et les contre-arguments bien connus. Priver les adolescents des grandes plateformes ne les éloigne pas d’internet, cela les pousse vers des espaces moins régulés, moins surveillés, potentiellement plus dangereux estime Meta, qui rappelle avoir déjà déployé des « comptes ados », en limitant automatiquement les contacts et le contenu accessible. Reste que la France pourrait suivre. Début 2026, une proposition de loi fixant à quinze ans l’âge minimum pour s’inscrire sur les réseaux sociaux avait été adoptée en commission à l’Assemblée nationale.
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