Le gouvernement français a finalement trouvé son remplaçant à Palantir. Profitant du télescopage entre VivaTech et le salon de défense Eurosatory, Sébastien Lecornu a annoncé que la DGSI avait choisi la société française ChapsVision pour prendre la relève du groupe américain.
Un remplacement sans cesse repoussé
Comme le rappelle Le Monde, l’annonce a une forte portée symbolique. Depuis 2016, les services de renseignement intérieur s’appuient sur Gotham, le logiciel vedette de Palantir, pour analyser les masses considérables de données qu’ils collectent. À l’époque, quelques mois après les attentats de 2015, les responsables de la DGSI estimaient ne pas avoir d’autre choix.
Le contrat a été renouvelé en 2019, puis en 2022, avant une nouvelle prolongation fin 2025. À chaque fois, le même constat revenait : les alternatives françaises n’étaient pas prêtes et personne ne voulait prendre le risque de débrancher un système devenu central dans le travail quotidien des analystes.
Ces dernières semaines, la question de la souveraineté technologique est revenue avec insistance dans les discours gouvernementaux. La suspension du modèle IA Mythos 5, bloqué à la demande des autorités américaines, a rappelé qu’une dépendance technologique peut parfois devenir un problème politique. Dans ce contexte, continuer à confier une brique essentielle du renseignement français à une entreprise américaine devenait de plus en plus difficile à justifier.
Pour autant, Palantir n’est pas prié de vider son bureau immédiatement. L’entreprise américaine a d’ailleurs rappelé que son contrat avec la DGSI restait pleinement valide. Et pour cause : la migration vers Argonos, la plateforme développée par ChapsVision, devrait prendre plusieurs années. Il faut dire que le chantier est conséquent. Changer l’outil qui sert à analyser d’immenses volumes de données n’a rien d’une simple mise à jour logicielle. Il faudra former les équipes, transférer progressivement les usages et s’assurer que le nouvel arrivant tient ses promesses. Pour ChapsVision, cette décision constitue néanmoins une victoire majeure.
Fondée en 2019 par Olivier Dellenbach, l’entreprise est encore loin du poids de Palantir. Son chiffre d’affaires atteint environ 200 millions d’euros, contre près de 5 milliards de dollars pour son concurrent américain. Là où Palantir a construit sa plateforme au fil des années, ChapsVision a grandi en rachetant des sociétés spécialisées : pas moins de vingt-cinq acquisitions ont été réalisées en quelques années.
Une stratégie qui a parfois donné l’impression d’un puzzle géant dont certaines pièces arrivaient après les autres. Mais l’ensemble semble désormais suffisamment solide pour convaincre l’État. Et la France n’est pas seule à lui faire confiance. En Allemagne aussi, les services de renseignement intérieur ont récemment choisi Argonos afin d’éviter une dépendance à Palantir.
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