Le GPS fait partie de ces technologies que l’on remarque surtout lorsqu’elles cessent de fonctionner. Trouver un restaurant, appeler un VTC, suivre un colis ou simplement vérifier son itinéraire : tout cela repose sur des signaux venus de l’espace.
Quand le brouillage vient du ciel
Or, selon des chercheurs américains et européens, certains satellites russes viendraient régulièrement perturber ce fonctionnement bien huilé. Des travaux menés par Todd Humphreys, directeur du laboratoire de radionavigation de l’Université du Texas à Austin, ainsi que par des spécialistes de l’entreprise espagnole GMV, pointent vers une même origine. Depuis 2019, les chercheurs ont identifié 75 épisodes de perturbation GPS en Europe. Dans au moins trois cas, ils affirment avoir retracé l’origine du phénomène jusqu’à des satellites de la constellation russe EKS. Pour les autres incidents, les preuves sont moins directes, mais le signal observé présente les mêmes caractéristiques.
Ces perturbations ne ressemblent pas aux brouillages classiques utilisés dans la guerre électronique. Habituellement, un brouilleur produit un bruit radio puissant qui recouvre le signal GPS. Ici, les chercheurs observent un signal beaucoup plus sophistiqué et structuré.
Les conséquences restent heureusement limitées. Les coupures durent généralement moins de dix secondes et les appareils modernes parviennent souvent à compenser en s’appuyant sur leur dernière position connue ou sur des systèmes de secours. Les incidents ont toutefois été détectés dans une vaste zone allant de l’Islande jusqu’à l’Italie. Fait notable : les perturbations affecteraient les systèmes GPS américain, européen et chinois, mais pas le système russe GLONASS.
Le plus surprenant dans cette affaire est peut-être que ces perturbations semblent exister depuis plusieurs années sans avoir attiré davantage l’attention. Selon le New York Times, l’Union européenne a mené sa propre enquête sur le sujet. Ses conclusions restent confidentielles, mais Bruxelles confirme travailler sur des outils capables de détecter et localiser les sources d’interférences affectant les systèmes de navigation par satellite.
Les satellites concernés appartiennent à la constellation EKS, utilisée pour détecter les lancements de missiles et les explosions nucléaires. Cette mission stratégique pousse plusieurs spécialistes du spatial russe à privilégier l’hypothèse d’un effet indésirable plutôt que celle d’une opération délibérée. Mais voilà : un brouillage venu de l’espace n’a rien d’anodin. Contrairement à un émetteur placé au sol, sur un navire ou dans un avion, un satellite dispose d’une couverture immense. Que se passerait-il si, un jour, quelqu’un brouillait sélectivement un continent entier ?
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