Cette fragmentation a généré entre 100 et 150 morceaux de débris traçables selon les estimations de LeoLabs, société spécialisée dans la surveillance orbitale. L’objet initial mesurait environ 8 mètres de long pour plus de 3 mètres de diamètre, et circulait sur une orbite elliptique allant de 335 à 424 kilomètres d’altitude, avec une inclinaison de 54,5 degrés. Exactement là où se trouvent des centaines de satellites Starlink !
Ce qui s’est passé techniquement
Un lancement peut être officiellement réussi et provoquer un incident majeur quelques heures plus tard. C’est le problème de la fin de vie des étages de fusée car une fois la mission accomplie, s’il reste du carburant, des gaz sous pression ou de l’énergie dans les systèmes, le lanceur peut devenir une source de fragmentation orbitale. La cause exacte de la désintégration de la Zhuque-2E n’est pas encore confirmée, elle pourrait être liée à une défaillance technique ou à un problème lors de la manœuvre de passivation, le processus qui consiste à vider les réservoirs pour éviter précisément ce type d’explosion.
Un morceau de quelques centimètres peut endommager un satellite, percer une protection ou rendre un équipement inutilisable. Les plus gros fragments peuvent être détectés et suivis par radar. Les plus petits sont beaucoup plus problématiques car ils restent invisibles tout en conservant une énergie destructrice.
Starlink dans le viseur
L’incident représente un risque significatif pour le réseau de satellites Starlink. Ceux qui assurent les communications mobiles directes sont particulièrement vulnérables, nombre d’entre eux se trouvant encore sur des orbites relativement basses ou en cours d’ascension vers leurs altitudes opérationnelles.
Ce n’est pas la première fois que la coordination entre opérateurs pose problème. La semaine précédant l’incident, Michael Nicolls, vice-président de l’ingénierie Starlink, avait révélé qu’un engin spatial récemment lancé par une fusée chinoise était passé à seulement 200 mètres d’un satellite Starlink, sans coordination préalable. “Pour autant que nous sachions, aucune coordination ni déconfliction avec les satellites existants n’a été effectuée“, a-t-il dénoncé sur X. L’incident du 9 juin s’inscrit donc dans une séquence de tensions croissantes entre opérateurs spatiaux américains et chinois.
Le risque immédiat est limité
L’orbite basse à laquelle s’est produit l’incident est suffisamment basse pour que la résistance atmosphérique réduise rapidement l’altitude des débris. La plupart devraient rentrer dans l’atmosphère et se consumer en quelques mois. Pour l’ISS, qui orbite plus haut, le risque direct reste faible selon les experts. SpaceX coordonne le suivi avec l’US Space Force et la NASA.
Ce qui est plus préoccupant, c’est la tendance de fond. L’orbite basse est devenue un espace d’opérations, de communication, de renseignement et de souveraineté. Un incident orbital peut avoir des conséquences qui dépassent largement la seule industrie spatiale. La constellation Starlink est officiellement une infrastructure commerciale, mais depuis la guerre en Ukraine, elle est aussi perçue comme un actif dual-use : civil par sa conception, stratégique par ses usages.
La montée en puissance du secteur spatial commercial chinois est réelle. LandSpace a développé le premier lanceur au monde propulsé au méthane liquide à atteindre l’orbite, une performance technique remarquable. Cet incident ternit aujourd’hui cette réussite et illustre les défis que le New Space chinois doit encore relever. Les mêmes défis, au fond, que tous les acteurs du secteur, c’est à dire comment gérer la fin de vie des étages de fusée dans un environnement orbital de plus en plus encombré, sans règle internationale contraignante pour forcer quiconque à le faire proprement.
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