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Shein et Temu bientôt taxés en Europe : cette fois, il n’y aura peut-être plus d’échappatoire

5,9 milliards de colis importés en Europe en 2025, 90 % venus de Chine. À partir du 1er juillet, Bruxelles met fin à la faille douanière qui permettait à Shein et Temu de livrer gratuitement leurs produits à prix cassés.

En 2024, les douanes françaises recensaient 773 millions d’articles importés depuis des pays hors Union européenne, pour une valeur totale de 5,3 milliards d’euros. À partir du 1er juillet 2026, l’Union européenne imposera un droit de douane fixe de 3 € par catégorie d’article sur tous les envois de faible valeur (jusqu’à 150 €) en provenance de pays tiers. La mesure ne cite aucun pays par son nom, mais son cœur de cible vise clairement les 5,9 milliards de colis enregistrés à l’entrée de l’Europe en 2025, l’immense majorité provient directement de Chine.

Rattraper le fiasco français

Le seuil de 150 € avait été conçu pour épargner aux douaniers une charge administrative trop importante, à l’époque où les petits colis restaient minoritaires. Ce n’est plus le cas depuis longtemps. La croissance exponentielle du e-commerce et des plateformes chinoises low-cost a transformé cette exception en avantage concurrentiel structurel pour des acteurs qui n’ont pas de boutiques sur le sol européen. Bruxelles a pris son temps, mais la pression politique a fini par s’accumuler. La France avait tenté de courir en solitaire depuis le 1er mars 2026, en instaurant une taxe nationale de 2 € par colis.

En moins de 24 heures, Shein, Temu et AliExpress ont été contraints de réorganiser leur logistique, en déboutant leurs avions cargo vers d’autres capitales européennes. Shein n’a pas attendu pour ancrer cette stratégie dans la durée : la plateforme a inauguré un entrepôt de 740 000 m² en Pologne, soit l’équivalent de cent terrains de football. Une fois les marchandises dédouanées à l’entrée dans l’UE, elles pouvaient librement circuler vers la France sans déclencher de taxe nationale.

Ce que la taxe européenne change

L’architecture de la taxe de l’UE est conçue pour bloquer ce contournement. Dès lors que la règle s’applique à l’échelle de l’Union : la taxe sera due à l’entrée dans n’importe quel pays membre. Sur le papier, les autorités européennes pourraient tirer leur épingle du jeu face aux grandes plateformes chinoises.

À noter cependant, que la taxe de 3 € s’applique par catégorie d’article. Un colis contenant un t-shirt, un jean et des chaussettes sera taxé 9 €, soit la même chose qu’une commande contenant quatre t-shirts, deux jeans et trois paires de chaussettes. L’Europe prévoit également une redevance complémentaire, dont le montant sera fixé à l’automne, pour couvrir les frais de traitement douanier supplémentaires. Au final, ce sont les consommateurs qui risquent de devoir payer la différence.

En 2025, 5,9 milliards de colis ont transité vers l’Europe. Le potentiel de recettes est massif pour les autorités, mais la capacité de contrôle physique reste limitée. Les plateformes, elles, ont déjà démontré leur aptitude à adapter rapidement leur modèle. La guerre des petits colis ne s’arrêtera pas le 1er juillet.

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