Passer de l’alcool ou des produits interdits aux mineurs en caisse automatique tourne souvent au grand n’importe quoi. Dans la plupart des cas, aucune vérification n’a lieu. Parfois, un employé débordé qui vient jeter un œil à la carte d’identité de l’acheteur, en validant mollement son droit (ou non) à acheter le produit. Selon les acteurs du secteur, ces contrôles d’âge représenteraient entre 40 et 50 % des interventions humaines aux caisses en libre-service. Un vrai casse-tête pour les enseignes, qui pourrait bientôt être résolu grâce à l’identification faciale.
Le spécialiste suisse de la capture de données Scandit vient de lancer Age Verified Self-Checkout, une solution qui promet de vérifier la majorité d’un client en moins de dix secondes, sans employé ni matériel supplémentaire.
Un selfie, un QR code, et la caisse vous laisse passer
Le fonctionnement est simple. Quand un produit soumis à une restriction d’âge est scanné, la caisse affiche un QR code. Le client le photographie avec son téléphone, atterrit sur une page web, se prend en selfie. Une intelligence artificielle estime alors son âge à partir de son visage. Si l’estimation dépasse le seuil fixé par l’enseigne, la transaction se débloque toute seule. Dans le cas contraire, le client est invité à scanner sa pièce d’identité, ensuite comparée au selfie pour vérifier qu’il en est bien le titulaire.
Sur le papier, l’argumentaire coche toutes les cases. Scandit assure que 80 % des contrôles seraient automatisés en quelques secondes, avec un passage en caisse jusqu’à six fois plus rapide. Point notable, la firme insiste lourdement sur la confidentialité. L’intégralité du traitement se ferait directement sur le smartphone du client : aucune donnée biométrique, aucune information de la pièce d’identité ne serait stockée ou transmise à l’enseigne. Scandit assure une conformité totale au RGPD et à une poignée de normes internationales. En somme, une vérification d’âge pensée pour rassurer autant le régulateur que le consommateur méfiant.
La CNIL a déjà tranché
Reste un détail qui pèse lourd dès qu’on regarde vers la France. L’estimation d’âge par le visage n’est pas une science exacte, loin de là. Selon une évaluation du NIST, l’organisme américain de référence, la marge d’erreur moyenne de ces logiciels tournait encore autour de 3,1 ans en 2024, contre 4,3 ans dix ans plus tôt. Largement suffisant pour distinguer un adolescent d’un quinquagénaire, beaucoup moins pour trancher entre dix-sept et dix-neuf ans. Or c’est précisément dans cette zone grise que tout se joue.
Conséquence, les fournisseurs ajoutent une marge de sécurité : pour valider un achat réservé aux majeurs, le système exige souvent que le client paraisse nettement plus vieux, parfois 25 ans, voire davantage. Le NIST relève que le seuil doit régulièrement être placé entre 29 et 33 ans pour maintenir un faible taux de faux positifs. Traduction concrète : la tranche des 18-25 ans, celle qu’il faut justement vérifier, est aussi celle qui finira le plus souvent renvoyée vers le scan de la carte d’identité. Le fameux « 80 % automatisé » vaut donc surtout pour les clients qu’on n’avait pas vraiment besoin de contrôler.
Et puis il y a l’obstacle réglementaire. En juillet 2025, la CNIL a fermement recalé les caméras « augmentées » installées dans les bureaux de tabac français, ces dispositifs qui estimaient l’âge des clients par analyse faciale. Son verdict, rendu public le 11 juillet, était sans appel, et évoquait un usage « ni nécessaire, ni proportionné ». La Commission pointait notamment le caractère incertain de l’estimation, une simple approximation sans garantie, là où la loi impose déjà aux commerçants de réclamer une preuve de majorité.
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