Soixante ans plus tard, Auchan, Decathlon et Leroy Merlin rejouent exactement la même partition, mais avec un nouveau carburant : l’électricité. Sous la marque commune Le Plein, les trois enseignes veulent transformer leurs parkings en points de recharge du quotidien, pendant que leurs clients remplissent leur caddie plutôt que leur réservoir.
Recharger sans y penser, le vrai pari du modèle
Le principe de Le Plein tient en une phrase : intégrer la recharge dans un geste que les Français font déjà, plutôt que de leur imposer un détour dédié. “Nous ne construisons pas simplement un réseau de bornes, nous recréons l’expérience de faire le plein, avec un nouveau carburant: l’électricité“, résume Julius Dewavrin, fondateur de Le Plein. Concrètement, l’automobiliste gare son véhicule sur le parking d’un magasin partenaire, branche sa voiture, fait ses courses, et repart avec une batterie rechargée sans avoir consacré une minute de trajet supplémentaire à l’opération.
Le concept baptisé Charge-to-Store pousse l’idée plus loin en connectant recharge et fidélité commerciale, car chaque session ouvre droit à des avantages chez l’enseigne partenaire, les clients Decathlon cumulant par exemple des points sur leur carte Decat’Club à chaque recharge. Le mécanisme profite aux deux parties, et les premiers chiffres de terrain le confirment. Selon les données rapportées par le spécialiste de la distribution Olivier Dauvers, la durée moyenne de visite en magasin passe de 33 minutes à 1h08 pour un client qui recharge son véhicule chez Decathlon, un allongement qui profite mécaniquement au commerçant, même si la conversion en nouveaux clients encartés reste pour l’instant modeste, autour de 3 % selon la même source.
Un pari qui s’appuie sur une vraie accélération du marché
Le timing n’a rien d’un hasard, car les ventes de voitures électriques neuves connaissent une progression franche en France, en mai 2026, l’électrique a représenté 34 % des achats des particuliers, contre 29 % de part de marché tous acheteurs confondus, professionnels compris, selon les données AAA-Data. Une statistique à nuancer légèrement par à Le Plein, qui attribue ce chiffre à l’ACEA, l’association des constructeurs européens, cette dernière mesure en réalité une part de marché électrique à l’échelle de l’Union européenne, autour de 20 % sur les cinq premiers mois de l’année, un chiffre distinct de la performance spécifiquement française.
Cette accélération pose une vraie question logistique, où recharger au quotidien, en dehors des trajets longue distance déjà couverts par les réseaux autoroutiers. C’est précisément le créneau que vise Le Plein, en misant sur des parkings déjà existants plutôt que sur de nouvelles emprises foncières, un choix qui accélère mécaniquement le déploiement par rapport à la construction d’un réseau dédié depuis zéro. L’entreprise s’appuie sur Yusco, la filiale mobilité électrique de Voltalia, pour l’installation et l’exploitation technique des bornes, avec une promesse de haut taux de disponibilité et d’approvisionnement en électricité renouvelable.
Un calendrier à surveiller
L’objectif de 500 stations, présenté comme une nouvelle ambition pour 2030 par Le Plein, reprend en réalité un chiffre déjà fixé fin 2024 lors du partenariat initial avec Voltalia, alors annoncé pour 2026. Le nombre de bornes visées a bien progressé sur la période, de 5 000 à 7 500, mais le calendrier de déploiement des stations, lui, s’est étiré de quatre années supplémentaires. Ce genre de glissement n’a rien d’inhabituel dans les grands projets d’infrastructure, la réalité du terrain, permis administratifs et négociations locales incluses, rattrapant souvent les plannings les plus optimistes.
Reste que le modèle en lui-même tient debout, et répond à un vrai besoin plutôt qu’à un simple argument marketing. Faire converger le temps des courses et celui de la recharge coûte peu aux enseignes, qui valorisent un actif déjà existant, leurs parkings, tout en captant un temps de visite plus long. Pour l’automobiliste électrique, le vrai gain n’est pas dans le nombre de stations promises à horizon 2030, mais dans la disparition progressive d’une contrainte, recharger sans avoir à y consacrer un trajet dédié.
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