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Donald Trump veut imposer l’heure d’été permanente aux États-Unis : pourquoi ce projet pourrait tourner au cauchemar

Il y a quelques jours, la Chambre des représentants a voté pour bloquer les horloges américaines à l’heure d’été. Un texte qui, entre autres, obligerait les habitants du pays à se coltiner des matinées hivernales à rallonge, plongées dans le noir jusqu’à 8 h 30 du matin.

Ce texte, c’est le Sunshine Protection Act, présenté plusieurs fois au Congrès américain depuis sa naissance en Floride en 2018. En 2022, il avait même été adopté à l’unanimité par le Sénat, avant d’expirer car la Chambre des représentants n’avait pas voté dessus à temps, mais Donald Trump lui est resté fidèle et demeure l’un de ses plus fervents défenseurs. L’idée principale qu’il mettait en avant : arrêter de s’embêter à régler les horloges deux fois par an lors des changements d’heures, en adoptant définitivement l’heure d’été pour tout le pays. « Nous partons sur l’alternative de loin la plus populaire, l’heure d’été, qui vous offre une journée plus longue et plus lumineuse », a-t-il déclaré sur son réseau Truth Social ; des propos relayés par Cronkite News.

Le 14 juillet, la Chambre des représentants l’a finalement adopté par 308 voix contre 117, un score bipartisan suffisamment élevé pour l’envoyer devant le Sénat, dernière instance qui devra le valider. Un combat qui n’est pas gagné d’avance : même certains républicains fourbissent déjà leurs arguments contre et l’opinion publique se montre encore très partagée sur la question.

Trump remet les pendules à son heure

Outre-Atlantique, l’heure d’été s’installe le deuxième dimanche de mars et s’étire jusqu’au premier dimanche de novembre, soit huit mois pleins contre sept chez nous, mais les dates de transition sont décalées de deux à trois semaines par rapport aux dernières fins de semaine de mars et d’octobre européennes.

Deux changements dans l’année, comme chez nous donc, dont un seul qui coûte la bagatelle de 672 millions de dollars par an à l’économie américaine. En mars, lorsque les aiguilles avancent d’un cran et que le pays entier se lève une heure plus tôt, certaines personnes peinent à adapter leur horloge interne, ce qui a pour conséquences de multiplier les infarctus, les AVC, les accidents de la route et les accidents du travail dans les jours qui suivent.

Le cabinet Chmura Economics & Analytics a compilé ces effets poste par poste, en ne retenant que ceux validés par des revues à comité de lecture : dans la semaine qui suit le changement, les risques d’infarctus grimpent de 5,1 %, ceux d’AVC de 8 % dans les quarante-huit heures et ceux d’accidents de la route de 6 % dès le lendemain. Additionnez à cela les frais médicaux, les journées de travail perdues et la valeur statistique attribuée aux vies fauchées, et vous obtenez 375 millions de dollars pour les seuls infarctus, 252 millions pour les AVC.

Des arguments sanitaires, mais ce ne sont pas ceux que Trump retient ; il préfère invoquer les effets bénéfiques que procurerait l’heure d’été permanente. Une heure de soleil de plus le soir toute l’année, c’est du temps de loisir supplémentaire pour les habitants, qui peuvent alors traîner plus tard en ville pour faire leurs emplettes et aller boire des canons en terrasse.

Les élus de Floride (« l’État du soleil ») n’ont pas manqué de le rappeler lors du débat qui a eu lieu à la Chambre des représentants avant l’adoption du texte. Le représentant démocrate Darren Soto, qui avait déjà soutenu une mesure identique au parlement de son État en 2013, a prêché pour sa propre paroisse : « Les gens sortent après le travail et vont dans les commerces pour s’amuser. Les communes balnéaires aiment cette heure de soleil en plus. Les gamins peuvent aller jouer dehors ». Son collègue républicain Gus Bilirakis, même État et même camp, plaidait pour les familles, les retraités et les petites entreprises ou les industries qui « dépendent d’horaires prévisibles et de la possibilité de tirer le meilleur parti de chaque journée ».

Ainsi, depuis sept ans, 19 États ont déjà adopté des lois instaurant l’heure d’été permanente sur leur territoire, mais celles-ci restent lettre morte tant que le Congrès ne les y autorise pas, la loi fédérale interdisant aux États de choisir l’heure d’été toute l’année. Ils peuvent renoncer aux changements d’heure, comme l’Arizona et Hawaï, mais uniquement en restant sur l’heure standard.

Difficile de croire que ces 19 textes n’aient pas pesé lourd dans le vote du 14 juillet, puisqu’ils représentent autant d’États dont les élus au Congrès savaient que la volonté de leurs électeurs était bloquée par Washington : voter contre le Sunshine Protection Act, c’était opposer un veto fédéral à des lois déjà adoptées chez eux. D’où ce score qui a fait voler en éclats la ligne partisane, avec 114 démocrates dans le camp du oui.

Bus Américain
Entre 1973 et 1975, le pays avait adopté l’heure d’été toute l’année pour économiser du pétrole, avant d’y renoncer. Dès le premier hiver, les écoliers attendaient leur bus à la lampe torche, ce qui a convaincu le Congrès de couper court à l’expérience. © Marcelo Cidrack / Unsplash

Une heure de gagnée, c’est une heure de volée

Les élus floridiens ont raison sur un point : leur État y gagnerait économiquement, c’est indéfendable. En revanche, pour le reste du pays, c’est une autre paire de manches, parce que si le Sunshine Protection Act est adopté, la même heure s’appliquera à un territoire qui s’étend sur plus de vingt degrés de latitude, de Key West à Seattle, avec des durées de journées hivernales très différentes. Pour Tampa, en Floride, ce n’est pas un problème puisque la ville se trouve à moins de 28 degrés de latitude nord, une position géographique confortable où l’hiver reste une saison lumineuse et où le soleil, même au solstice, se lève avant que les bureaux n’ouvrent.

Toutefois, si l’on considère le positionnement d’autres métropoles comme Chicago (Illinois), Denver (Colorado), Philadelphie (Pennsylvanie), toutes situées entre 37 et 42 degrés de latitude nord, l’heure d’été permanente serait bien moins agréable. Au solstice d’hiver, elles verraient le soleil se lever après 8 h 15 contre 7 h 15 ou 7 h 20 aujourd’hui.

Le United States Studies Center a reconstitué, ville par ville, ce que donnerait un hiver avec l’heure d’été permanente en comparant les horaires de lever du soleil au solstice dans les 2 500 zones urbaines du pays. Selon leurs calculs, 87 % de leurs habitants, soit près de 70 % de la population américaine, verraient le jour se lever après 8 h, contre 3 % actuellement. Sachant que près de 60 % des travailleurs américains quittent leur domicile avant 8 h et que les cours démarrent en moyenne à la même heure, des millions d’enfants entameraient leur journée de classe et prendraient leurs premiers cours dans le noir, quatre mois par an.

L’American Academy of Sleep Medicine, comme l’essentiel des institutions de recherche sur le sommeil, plaide donc contre l’adoption du Sunshine Protection Act. Leur argument est entendable : l’heure standard est la seule à faire coïncider le midi « social » et le midi solaire, donc à maintenir l’horloge circadienne alignée sur les contraintes du travail et de l’école.

Si elle se dérègle, de nombreuses personnes risquent de souffrir d’un décalage horaire qui ne s’arrête jamais : quatre mois d’endormissements difficiles, de réveils forcés dans le noir, de métabolisme déboussolé et d’humeur en berne. Un état dont les adolescents feraient les frais en priorité, puisque leur horloge interne les pousse déjà à se coucher tard. Et pour quel gain ? Au solstice, le soleil se coucherait au plus tard vers 18 h 30 dans la grande majorité du pays, une heure de clarté supplémentaire dont personne ne profitera vraiment.

Un sacré shmilblick, donc, qui a atterri entre les mains des Sénateurs, bien qu’ils n’aient pour l’instant communiqué aucune date pour donner suite au dépôt de la proposition. John Thune, pourtant chef de la majorité républicaine, préfère éviter de faire des plans sur la comète : « La Chambre s’est prononcée nettement. Chez nous, le texte fait parler, en bien comme en mal. On verra bien », a-t-il déclaré le 15 juillet. Trump, lui, avait annoncé en mai sur Truth Social qu’il « travaillerait très dur » pour faire signer le texte ; bonne chance à lui, il lui reste (beaucoup) de pain sur la planche ; le Sénat n’est pas spécialement réputé pour sa mansuétude quant aux lubies législatives, fussent-elles soutenues par le président.

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