Faire confiance, c’est bien. Vérifier, ce serait mieux. Depuis 1967, le traité de l’espace interdit aux États de placer des armes nucléaires en orbite. Le texte a été signé par 118 pays, dont les États-Unis, la Chine et la Russie. Mais il présente une faille assez gênante : personne ne sait contrôler qu’un satellite respecte effectivement cette interdiction.
Une explosion aux lourdes conséquences
Areg Danagoulian, professeur au MIT, pense avoir trouvé une piste. Dans une étude publiée par la revue Nature, il présente un système de capteurs qui pourrait être installé à bord d’un petit satellite inspecteur. Celui-ci s’approcherait d’un engin suspect afin de rechercher la signature physique d’une arme nucléaire.
Le détecteur, d’un volume comparable à celui d’une grosse encyclopédie, pourrait identifier une ogive avec une précision de 99 % en restant pendant une semaine à moins de 4 kilomètres de sa cible. À 1.000 mètres, l’analyse pourrait ne prendre qu’une heure. Plusieurs satellites travaillant ensemble réduiraient encore ce délai.
Le risque est loin d’être anodin. En 1962, les États-Unis ont fait exploser une ogive thermonucléaire de 1,4 mégatonne à environ 400 kilomètres d’altitude. L’essai Starfish Prime avait libéré une grande quantité d’électrons dans la ceinture de Van Allen, une zone radioactive entourant la Terre. Ces particules avaient endommagé ou détruit environ un tiers des satellites présents en orbite basse. À l’époque, ils étaient encore peu nombreux. Aujourd’hui, une explosion pourrait perturber les télécommunications, la navigation GPS, les prévisions météo, l’accès à internet ainsi que plusieurs systèmes militaires.
Les inquiétudes ont augmenté depuis le lancement du satellite russe Cosmos-2553 en 2022. Moscou affirme qu’il s’agit d’un appareil de surveillance. Les autorités américaines soupçonnent cependant qu’il puisse servir à tester des composants destinés à une future arme nucléaire antisatellite. Le détecteur du MIT exploiterait justement ces radiations. Lorsqu’un proton très énergétique frappe un matériau lourd comme l’uranium ou le plutonium, il peut libérer des dizaines de neutrons. Selon les calculs du chercheur, une ogive thermonucléaire pourrait ainsi en émettre jusqu’à 40 millions par seconde.
Encore faut-il les distinguer des particules naturellement présentes dans l’espace. Le système combinerait des scintillateurs, qui produisent de la lumière au contact des radiations, et des détecteurs chargés d’écarter les protons et les électrons. Placé sous le satellite suspect, l’inspecteur pourrait différencier ceux provenant de l’atmosphère terrestre de ceux émis par l’appareil surveillé. Le concept doit encore être transformé en prototype.
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