Après avoir découvert la salle et son écran monumental pour voir L’Odyssée de Christopher Nolan (lire notre critique), direction la cabine de projection, à l’étage. Première surprise en poussant la porte : une vraie bobine de pellicule qui tourne, à cette échelle. On avait presque oublié que ça pouvait exister dans un cinéma français.
@journaldugeek POV : Tu es dans les coulisses de la 1 ère salle #IMAX70MM en France ! #odyssée#imax #pathéOdysseum ♬ son original – Journal du Geek
Une bobine de 110 kilos et un mécanisme à l’ancienne
La copie de L’Odyssée, assemblée sur un plateau unique, pèse 110 kilos pour environ 18 kilomètres de film. Un poids et une longueur qui donnent le vertige rien qu’à les entendre énoncés à voix haute.
Le mécanisme lui-même impressionne. Un plateau de départ pour le chargement, installé à côté du projecteur laser habituel de la salle, avec lequel il doit désormais cohabiter. Et un plateau de retour, sur lequel se réenroule la pellicule déjà projetée, avant d’être rechargée pour la séance suivante.

Une manipulation physique, répétée à chaque changement de séance, qui tranche avec l’automatisation à laquelle le numérique avait habitué les cabines de projection depuis une quinzaine d’années. Surtout, deux techniciens doivent rester présents en cabine pendant toute la durée de la séance, quand une projection laser classique ne nécessite personne une fois lancée.
Un chantier de six mois pour percer un hublot
L’installation du projecteur n’a rien eu d’anodin de ce point de vue. La salle date de juin 2016, et n’a pas nécessité de travaux de structure. Les fauteuils, eux, ont été changés en octobre 2025 juste avant la sortie Avatar 3, faisant passer la capacité de la salle de 390 à 228 places. Moins de place donc, mais plus de confort pour les spectateurs de ce cinéma basé à Montpellier.

Le vrai chantier, celui du projecteur 70mm, a demandé de percer un nouveau hublot en cabine et deux mois de travaux, précédés de six mois de préparation avec les équipes techniques d’IMAX, entreprise canadienne à l’origine de la technologie. « Beaucoup de calculs à faire pour les angles, pour que ça corresponde parfaitement, et que les deux projecteurs cohabitent », résume Sébastien Rodriguez, directeur du Pathé Odysseum.
Un savoir-faire qu’on croyait perdu
Le vrai défi n’était pas seulement mécanique. Manipuler une pellicule 70mm est un savoir-faire qui avait quasiment disparu des cinémas français avec l’arrivée du numérique, au tout début des années 2010. Dans l’équipe technique, personne n’avait fait de 70mm, à l’exception du responsable technique et d’un collègue, qui n’avaient plus touché de pellicule depuis cette époque.
Quant aux autres membres de l’équipe, ils ont tout juste la vingtaine et n’ont pas vraiment connu ce type de projection. Au total, ils sont huit techniciens à avoir été formés à cette gestuelle si particulière. « Je ne suis pas sûr qu’ils imaginaient un jour revenir à une projection pellicule dans leur cinéma », sourit Sébastien Rodriguez. « Moi le premier, hein. Et pourtant, j’ai un cinéma depuis pas mal d’années. »

Du côté de la direction, l’investissement ne répondrait pas à un objectif chiffré de rentabilité. « Je n’ai aucun budget, il n’y a personne qui m’a dit qu’on devait faire ça », confie le directeur. « Aujourd’hui, c’est vraiment le côté artistique avec ce choix d’écran qui a primé ». Les 13 000 préventes enregistrées en un mois confirment que le pari trouve son public.
Revoir une pellicule tourner dans une cabine, avec ses petits défauts et son grain, procure un vrai plaisir, presque nostalgique, pour quiconque a grandi avec le cinéma argentique. Un plaisir que l’équipe technique elle-même semble redécouvrir avec la même intensité que le public en salle.

L’avenir du projecteur ne s’arrête pas à L’Odyssée. Dune : Troisième Partie de Denis Villeneuve doit être le prochain film à exploiter cette technologie à Montpellier, dès la mi-décembre. Par ailleurs, le service programmation de Pathé est en train de recenser les copies 70mm existantes dans le monde, pour essayer d’organiser un festival dédié pendant les périodes plus creuses de l’année.
De cette visite en cabine ressort une évidence : un savoir-faire qu’on croyait disparu vient de retrouver une utilité bien réelle. Le temps d’un film, la pellicule reprend ses droits sur le numérique, et le cinéma renoue avec ce qui a fait sa légende pendant près d’un siècle.
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