« Comment ça une conclusion ? James Cameron a déjà annoncé Avatar 4 et 5 ! ». On se calme, Père Castor va vous raconter une histoire. Celle d’un réalisateur qui n’a jamais caché que la suite de la saga se ferait en fonction du box-office de cet Avatar 3 : de Feu et de Cendres. Tant qu’il ne reprend pas la caméra, rien n’est gravé dans le marbre. Et quand bien même on pourrait rétorquer qu’avec quasiment 3 milliards de dollars de recettes pour le premier film (avec les ressorties), et 2,3 milliards pour La Voie de l’eau, le box-office de celui-ci semble assuré, il faut noter une déclaration récente de Cameron. Il a précisé que, quoi qu’il arrive, Avatar 3 constituait l’épilogue d’une première histoire. Un peu comme la trilogie, puis la prélogie Star Wars si vous préférez.
Maintenant qu’on a acté qu’il s’agissait bien d’une conclusion, comment pourrait-on envisager qu’elle ne soit pas à la hauteur ? D’un point de vue purement économique, comme souligné juste au-dessus avec les chiffres hallucinants du box-office, les deux premiers films sont respectivement le premier et le troisième plus gros succès de l’histoire cinématographique. Sachant que la quatrième place est tenue par Titanic, œuvre d’un certain James Cameron, il n’y a qu’une règle immuable dans le milieu : ne jamais parier contre le bonhomme. Néanmoins, la saga a connu ses détracteurs, notamment avec le second volet, dont beaucoup ont critiqué son scénario un peu trop calqué sur son aîné. Alors qu’en est-il d’Avatar 3 ?

La famille Sully gère le deuil d’un fils, chacun à sa manière. Quant à Spider, il essaie tant bien que mal de ne pas être un poids, malgré ses limitations humaines. Ils vont bientôt croiser la route de la tribu belliqueuse des Cendres, des Na’vis qui ont tourné le dos à Eywa. Quaritch, lui, n’a pas dit son dernier mot. Dans une succession d’événements, chacun va essayer de trouver son rôle sur Pandora.
Cameron na’vigue en pilotage automatique
Pour ne rien cacher, nous faisons partie des fervents défenseurs du travail de Cameron, que ce soit en général ou sur Avatar. Même les défauts assez visibles de son nouvel univers, comme un scénario certes peu élaboré, ne faisaient pas le poids devant le talent du cinéaste. Un talent de conteur d’histoires, d’inventeur de nouvelles technologies cinématographiques, et de faiseur de spectacle laissant loin derrière toute concurrence.
Néanmoins, le facteur temps a aussi son importance. Treize ans séparent les deux premiers opus d’Avatar ; un temps qui a agi comme une redécouverte au moment de plonger dans La Voie de l’eau, laissant nos réticences au placard. Seulement trois ans séparent ce dernier de ce troisième volet et c’est avec un souvenir encore vif qu’on vit cette expérience avec, cette fois, un vrai besoin de fraîcheur. Si la saga veut perdurer, il devient absolument nécessaire qu’elle se renouvelle.

Sauf que ce n’est pas l’ambition de Cameron. Aveugle aux critiques précédentes, il continue d’explorer Pandora de la manière qui lui sied et son nouveau récit est dans l’exacte lignée de l’ancien. Au point où la réalité marketing obligerait davantage à nommer cet Avatar 3 un Avatar 2 Partie 2. Le scénario est un prolongement de son prédécesseur, logique lorsque l’on sait qu’il a écrit et tourné les deux films en même temps. Autrement dit, si vous n’avez pas accroché au précédent, peu de chances que vous soyez convaincus par celui-ci.
Dans les cendres d’un récit
Le récit s’enchaîne avec très peu de prises de risque, ne faisant qu’aborder plus ou moins les mêmes sujets, même s’il y a une évolution évidente dans le propos. Oui, la xénophobie de Ney’tiri est abordée plus frontalement, mais jamais au point de transformer le personnage. Oui, Quaritch continue son développement en Na’vi, mais jamais au point d’oublier sa rancœur. Les exemples similaires ne manquent pas, sauf pour Jake qui n’a définitivement plus rien à raconter. Et ne parlons pas de l’écriture des dialogues, particulièrement faible.

Cela donne la sensation étrange que l’histoire fait du surplace et que tout ce qui est raconté ici aurait pu l’être dans le précédent, pour peu qu’on réduise la durée de chacun. Comme quand Peter Jackson signe trois films sur son Hobbit qui n’en demandait pas tant. C’est là le problème majeur de cet Avatar 3 : une durée excessive (3h17) qui ne se justifie jamais. On ressent de fortes longueurs, notamment lorsque l’intrigue commence à tourner sérieusement en rond. Sans rien révéler, De Feu et de Cendres s’enfonce dans une sorte de boucle narrative où les événements se répètent.
On retrouve une faille assez similaire à Wicked 2 où toute la puissance scénaristique était contenue dans le premier, de sorte que le second doive se contenter de mettre un point à la fin de la phrase. Et 3h17 pour un point, ça fait beaucoup là non ?! Le comble de la paresse est atteint lors d’un climax ressemblant quasiment à l’identique à ses aînés.

Cameron a toujours le feu sacré
Avatar 3 est-il un échec complet ? Entre les mains de n’importe qui (ou presque, pardon tonton Spielberg), il l’aurait été. Mais on parle de James Cameron. Si ce dernier n’a plus la force d’écriture qui l’habitait autrefois, on ne lui enlèvera jamais que, niveau mise en boîte, le réalisateur reste un grand. Un très grand. Son film peut être parfois répétitif, parfois rébarbatif, il est constamment magnifique.
Dès la séquence d’introduction, on est soufflés par la puissance visuelle, dont le réalisme est appuyé par un usage des 48 images par seconde (pas sur l’ensemble du film cependant). Pandora a beau être un décor entièrement numérique, il est plus crédible et vivant qu’auparavant. Il y a des idées de montage, de mise en échelle, de séquences d’action qui mettent à terre toute concurrence dans le domaine. Est-ce qu’Avatar 3 reste un grand spectacle généreux ? Complètement.
Cameron est un amoureux du cinéma et cela se ressent dans chacun de ses plans, imaginés pour le grand écran d’une salle obscure. La technique de la performance capture semble avoir encore gagné en qualité, notamment sur la nouvelle venue Varang (Oona Chaplin), dont les expressions et les traits faciaux épousent ceux de l’actrice. Comme à chaque opus, cet Avatar 3 rend honneur à l’usage des mots et expressions comme « souffle épique », « spectacle ahurissant », « grandiose »… Un film qui pourrait se regarder sans le son tant il est simplement beau. Et vu ce qu’il raconte, ça ne serait peut-être pas plus mal.
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