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L’astéroïde qui a tué les dinosaures venait peut-être d’une classe de météorites ultra rare

Non contents d’avoir été frappés par un objet venu de l’autre bout du Système solaire, les dinosaures ont eu la malchance de croiser la route d’une météorite qui avait très peu de chance d’exister sous cette forme. Une très mauvaise pioche pour eux, mais une divine surprise pour les quelques mammifères dont nous descendons, qui ont pu, par la suite, emprunter l’ascenseur évolutif.

Il y a 66 millions d’années, un astéroïde de 10 à 15 km de diamètre a violemment percuté la Terre à 64 000 km/h, au large de l’actuelle péninsule du Yucatán (Mexique). La collision fut tellement dévastatrice qu’elle a creusé un cratère de près de 200 km de diamètre pour près de 20 km de profondeur, aujourd’hui enfoui sous plusieurs centaines de mètres de sédiments, dans le golfe du Mexique. Découvert en 1978, il fut nommé officiellement impact de Chicxulub en 1991 ; il marqua le début de la crise Crétacé-Paléogène (K-Pg), responsable de l’extinction de masse qui a éliminé environ 75 % des espèces vivantes sur Terre et tous les dinosaures non-aviens.

Pendant plus de 40 ans, un débat passionné a divisé la communauté scientifique sur la nature exacte de cet objet : était-ce une comète ou un astéroïde ? Et d’où venait-il précisément ? Une partie des chercheurs soutenait l’hypothèse d’une comète issue du nuage de Oort ; d’autres penchaient pour un astéroïde silicique (type S) issu de la ceinture principale entre Mars et Jupiter. Les doutes viennent d’être définitivement levés très récemment, par des équipes de l’Université de Colombie-Britannique, de l’IPGP à Paris, de Bruxelles et de Vienne. Dans leur étude parue le 17 juillet 2026 dans la revue Science Advances, ils avancent que l’impacteur appartenait à l’une des classes de météorites les plus rares jamais recensées.

Chicxulub : le crime presque parfait

Quels que soient les chercheurs qui ont travaillé sur Chicxulub (géophysiciens, géochimistes, paléontologues ou planétologues) pour restituer son identité, tous étaient confrontés au même problème : sous l’effet de l’impact, l’astéroïde s’est intégralement vaporisé.

Difficile, à cet égard, de dresser son portrait-robot, puisqu’il n’a laissé derrière lui que d’infimes quantités de sa propre matière, éparpillées aux quatre coins du globe et emprisonnées dans une mince pellicule d’argile. On la retrouve sur tous les continents. Déposée après l’impact, elle forme une démarcation temporelle entre deux périodes géologiques : tout ce qui se trouve en dessous appartient à l’ère des dinosaures (le Crétacé), tout ce qui la surplombe date de l’après-cataclysme (le Paléogène).

Comme cette couche d’argile est le seul niveau géologique où subsistent encore des débris de l’impacteur, c’est là que l’équipe à l’origine de cette nouvelle étude est allée chercher ses indices, à partir d’échantillons récoltés sur plusieurs sites européens. Les chercheurs ont concentré leurs analyses sur le nickel qu’elle renferme, ou plus exactement sur ses isotopes, ses variantes qui se distinguent par leur nombre de neutrons et dont les proportions varient en fonction de la zone du Système solaire où l’astéroïde s’est formé. Les variations de ces proportions fournissent ainsi une véritable empreinte isotopique de son lieu de naissance, comme une carte d’identité unique à chaque impacteur.

En mesurant les ratios d’isotopes de nickel, ils ont pu, par conséquent, les comparer à celui d’autres classes de météorites déjà répertoriées. Ils portaient tous la marque d’une famille très rare de météorites rocheuses : les chondrites carbonées de type Ornans (ou chondrites CO), nommées d’après une météorite tombée dans le Doubs en 1868. Formées aux premiers temps du Système solaire il y a 4,5 milliards d’années, ces roches ont conservé leur composition d’origine quasi intacte.

Les chondrites carbonées, toutes variétés confondues, ne représentent déjà que 4 à 5 % des météorites tombées sur Terre, et les chondrites CO n’en forment qu’une infime sous-catégorie, quelques spécimens seulement, perdus dans cette catégorie déjà très maigre. « Les chondrites carbonées de type Ornans n’ont vraiment rien à voir avec les météorites que l’on croise dans les collections de musées », résume Philippe Claeys, coauteur de l’étude.

Très riches en carbone et en eau, elles n’ont pu naître que loin du Soleil et de sa chaleur, dans les confins glacés du Système solaire primitif, là où les éléments fragiles pouvaient se condenser. C’est déjà ce qu’avait établi une étude il y a deux ans, parue le 15 août 2024 dans la revue Science ; les chercheurs, en analysant cette fois les isotopes de ruthénium de la couche argileuse, étaient parvenus à la même conclusion quant à son origine. L’astéroïde provenait bien d’une zone au-delà de l’orbite de Jupiter, une région si distante qu’un corps de cette taille n’aurait jamais dû croiser l’orbite de la Terre. Statistiquement, tout du moins, parce que côté malchance, nos amis à écailles ont manifestement décroché le gros lot en se le prenant sur le coin du museau.

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