60 000 tonnes. C’est le poids estimé de ce qui s’étend aujourd’hui sur une surface comparable à plusieurs centaines de terrains de football, en plein cœur de l’un des endroits les plus arides de la planète. Un site si vaste qu’il est désormais repérable sur des photos prises depuis l’espace. Cette fois, on ne parle ni de la Grande Barrière de Corail, ni d’une chaîne de montagnes, mais bien d’un amas de vêtements abandonnés.
Cet amas grandit depuis des années dans le désert d’Atacama, au nord du Chili, à proximité de la ville d’Alto Hospicio. Des tonnes de textiles invendus ou jetés, arrivés d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord, s’y entassent chaque semaine. Les Nations unies ont fini par qualifier la situation d’« urgence environnementale et sociale pour la planète ».
Un port devenu la poubelle du monde
Pour comprendre pourquoi les rebuts de la fast fashion se retrouvent massivement au Chili, il faut comprendre les enjeux politico-économiques qui se jouent. Iquique, la ville portuaire voisine, est une zone franche, exempte de taxes et de droits de douane. Un statut pensé à l’origine pour dynamiser le commerce local, et qui produit aujourd’hui un effet rebond particulièrement inquiétant. Il revient en effet moins cher aux importateurs d’abandonner leurs cargaisons de vêtements invendus sur place que de payer leur retour ou leur traitement.
Le Chili s’est bâti, depuis une quarantaine d’années, une spécialité dans le commerce de vêtements de seconde main. Une partie du stock trouve preneur et repart alimenter les marchés d’occasion sud-américains. Ce qui ne trouve ni acheteur ni recycleur, finit enseveli sous le sable ou brûlé à ciel ouvert. Un article publié par Reporterre en 2026 note d’ailleurs un changement de méthode : les grandes décharges centralisées cèdent la place à des centaines de microdécharges dispersées, aussitôt incendiées pour faire disparaître les preuves.
La fast fashion, un engrenage difficile à ralentir
Le phénomène ne sort pas de nulle part. La production mondiale de vêtements a doublé entre 2000 et 2014, portée par un modèle économique qui mise sur le renouvellement permanent des collections à bas prix et de l’ultra fast fashion. Résultat, les pièces sont achetées plus vite et portées deux fois moins longtemps qu’il y a quelques années. De plus, ces textiles ne sont pas biodégradables et contiennent des substances chimiques qui les excluent des filières de revalorisation des déchets classiques.
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