Gaston Leroux est vraiment à l’honneur pour cette rentrée. Alors que SND veut moderniser Le Fantôme de l’opéra, seul récit fantastique de l’écrivain, TF1 s’attaque à son œuvre la plus célèbre au rayon policier : Le Mystère de la chambre jaune. Pas question non plus de donner dans la fresque historique, 1907 pour le roman, la première chaine modernise l’histoire et prend une jeune journaliste et proche de la victime pour point d’ancrage de son récit.
De quoi ça parle ?
Joseph Rouletabille devient Joséphine Rouletabille, journaliste qui vit à Paris et retrouve son village natal quand son amie Mathilde est agressée. Quelques jours plus tôt, alors qu’elle était seule dans sa chambre verrouillée de l’intérieur, elle a été étranglée. Quand la police pénètre les lieux, Mathilde est inconsciengte et son agresseur a disparu. La fenêtre est protégée par des barreaux, il n’existe aucune issue cachée. Jo va tout mettre en œuvre pour trouver le coupable. Elle compte sur Sainclair, célèbre podcasteur qui voit en cette affaire une opportunité de renouer avec le succès. Mais c’était sans compter sur l’inspecteur Larsan, pas vraiment pompt à collaborer avec la presse.
Une série qui réinvente le policier sur TF1 ?
Il faut avouer que l’autrice de ces lignes n’est pas une adepte des séries policières du linéaire. Pour autant, la promesse de donner dans le whodunit et de réinventer un monument du genre suffisait à piquer sa curiosité. Et sur le papier, il y avait de quoi la convaincre.
Après tout, elle dévore des Agatha Christie, ne rechigne pas à regarder Hercule Poirot lors d’un après-midi pluvieux et pense que Benoit Blanc est ce qui est arrivé de mieux au genre depuis Benedict Cumberbatch et son Sherlock. Sauf que les promesses de cette réinvention ne sont pas toujours tenues, pire, TF1 passe à côté de sa meilleure idée : celle qui aurait pu faire de la modernisation du texte de Leroux autre chose qu’une histoire de contexte et de féminisation du personnage.
Une occasion manquée
L’idée de faire de Rouletabille et Sainclair les narrateurs d’un podcast promettait de bouleverser les mécaniques du mystère. Chez Only Murders in the Building, par exemple, les épisodes s’entremêlent avec l’intrigue principale, guident les spectateurs dans l’enquête. Une manière efficace de dynamiser le récit et de donner une couleur à cette petite histoire de meurtre.
Ici, ce podcast est seulement accessoire. Il ne sera que mentionné qu’à travers les dialogues. Pas de voix off qui fait le bilan des preuves et des suspects, on laissera d’ailleurs à l’enquêteur Larsan la responsabilité de compter les points à la fin du premier épisode.

C’est une véritable occasion manquée pour Le Mystère de la chambre jaune. Cette approche aurait pu lui permettre de se démarquer du tout-venant des séries policières du PAF. D’autant que ce podcast apportait aussi l’idée d’interroger notre rapport au sordide, de raconter la fascination du public pour les meurtres. Pour l’instant, on se contente de montrer les héros iPhone à la main pour interroger les habitants du petit village entre deux verres de Whisky.
On se prend au jeu ?
Si les deux premiers épisodes de la série ne sont pas indignes d’intérêt, force est de constater que la recette n’est pas réinventée autant qu’elle le revendique. Peu importe que l’histoire ait été modernisée, elle semble surtout l’avoir été pour répondre au cahier des charges de la première chaîne.
Le mystère de la chambre jaune pourrait être un épisode de la saga Meurtre à… qu’on ne serait pas surpris. Comme Mademoiselle Holmes (oui, on a aussi jeté un œil à la série portée par Lola Dewaere), Le Mystère de la chambre jaune continue d’adopter les mécaniques des fictions de TF1. Le duo complice avec un soupçon de tension sexuelle : check, la juge rompue à l’exercice qui se révèle plus utile que prévu : check, un soupçon de fantastique (vite balayé parce qu’on est sur TF1) : check.

Il faut avouer que le cœur de l’intrigue, cette agression et la recherche du coupable parvient à nous happer dans les premiers épisodes. Mais l’on sent déjà, alors que la liste des suspects s’élargit, que l’intrigue freine des quatre fers pour ne pas vendre la mèche trop vite. Pour qui est rompu à l’exercice, les ficelles sont un peu trop grosses.
Il lui manque aussi des personnages secondaires forts, qui existent autrement qu’en étant des archétypes du genre. Les dialogues n’aident pas, ils passent plus de temps à raconter ce que l’on devrait voir qu’à construire de véritables enjeux humains. La réalisation aussi aurait pu s’offrir un peu plus de fantaisie, son cadre offrait de nombreuses opportunités qui ne seront jamais exploitées.
On attendait peut-être trop de cette adaptation d’un récit légendaire. Le duo Claire Romain-Pierre-Yves Bon fonctionne, le mystère accroche, mais cette Chambre jaune modernisée ressemble finalement davantage à une fiction TF1 avec Rouletabille qu’à une véritable réinvention de Leroux.