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Projet Panama : les IA sont-elles vraiment en train de détruire des livres rares et anciens pour s’entraîner ?

Des milliers de posts accusent les géants de l’IA de saccager des trésors bibliophiles pour nourrir leurs modèles. Mais d’où ça vient ?

Des centaines de milliers de vues, pour tout autant de livres rares détruits à grand coup de massicot. Tout ça pour apprendre à l’IA comment rédiger des emails qui tiennent la route ? Depuis plusieurs jours, la rumeur enfle sur une nouvelle frasque de l’IA générative. Pour éviter de s’auto-abrutir et de tourner en rond après avoir avaler Internet, les géants de l’intelligence artificielle s’attaqueraient désormais aux livres papier. Des scans à la chaîne, qui conduiraient un pan entier du patrimoine écrit mondial au broyeur.

Project Panama, le programme secret qui a mis le feu aux poudres

Comme souvent, la rumeur part d’une réalité. Depuis janvier 2026, plus de 4 000 pages de documents judiciaires déscellés dans le cadre d’un procès aux États-Unis ont révélé l’existence d’un programme interne chez Anthropic, baptisé « Project Panama ». Lancé début 2024, il consistait à acheter des livres physiques par lots, à en trancher la reliure à l’aide de machines hydrauliques, puis à scanner chaque page avec des équipements d’imagerie industrielle avant de recycler le papier. Objectif affiché : obtenir des textes de meilleure qualité que ceux glanés sur Internet pour entraîner le chatbot Claude. 500 000 à deux millions d’ouvrages seraient concernés, pour une facture totale de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Ce n’est pas la première fois qu’Anthropic fait parler d’elle en matière d’éthique. L’entreprise avait déjà été épinglée pour avoir puisé environ sept millions de livres sur des plateformes de piratage, avant d’accepter un règlement à 1,5 milliard de dollars avec un collectif d’auteurs. Le 21 juillet 2026, un juge fédéral avait d’ailleurs statué concernant la destruction massive de livres physiques pour entraîner son modèle IA : le procédé d’achat, de découpe et de numérisation destructive des livres physiques relève bien du fair use au regard du droit d’auteur américain.

Une (pas si) fake news

Reste la question du fond. Contrairement à ce qui a été massivement relayé, certains fournisseurs interrogés indiquent cibler en priorité des ouvrages de non-fiction publiés à partir des années 1970 et dotés d’un numéro ISBN, autrement dit des exemplaires d’occasion invendus depuis des années. Ce qui n’empêche pas une partie des inquiétudes d’être fondées : plusieurs libraires spécialisés interrogés par la presse américaine assurent que certains lots achetés en gros contenaient malgré tout des éditions anciennes ou des exemplaires uniques, ayant traversé guerres et incendies avant de finir sous la lame d’un massicot industriel.

Anthropic n’est d’ailleurs pas la seule entreprise citée dans ce dossier : plusieurs sociétés d’IA génératives sont accusées de recourir à des pratiques similaires pour constituer leurs bases d’entraînement, sans qu’aucune autre n’ait, à ce stade, fait l’objet de révélations aussi détaillées.

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