Contrairement aux anciens compteurs électriques, qui se contentaient de renvoyer des chiffres de consommations mensuels, le Linky, lui, va nettement plus loin. En effet, le boitier vert désormais déployé chez la grande majorité des Français, peut enregistrer votre consommation heure par heure, parfois à la demi-heure près. Cette masse de données, connue sous le nom de courbe de charge, en dit beaucoup plus sur un foyer qu’un simple relevé de kilowattheures.
Linky sait tout
En analysant les variations fines de la consommation électrique au fil de la journée, il devient possible d’identifier des habitudes précises : l’heure de lever et de coucher des occupants, leur présence ou leur absence du logement, le nombre de personnes qui y vivent, ou encore le volume d’eau chaude consommé. Plus les relevés sont fréquents, plus le profil qui en ressort devient précis.
L’inquiétude avait déjà été formulée il y a quelques années. Dans une délibération de 2012, la Commission nationale de l’informatique et des libertés reconnaissait déjà que cette courbe de charge permettait de déduire de très nombreuses informations relatives à la vie privée des personnes concernées. La CNIL avait alors recommandé d’empêcher toute collecte sur des précisions inférieures à dix minutes. Précisément parce qu’en dessous de ce seuil, le compteur devient particulièrement bavard sur le quotidien de ses occupants.
Du coup on fait quoi ?
Toute la difficulté du sujet tient dans cette tension entre deux usages bien réels de la même donnée. D’un côté, la désagrégation de charge ouvre des perspectives sérieuses et très pratiques : mieux comprendre sa propre consommation, repérer les appareils énergivores du foyer, ajuster ses habitudes pour alléger la facture, et à plus grande échelle, aider les gestionnaires de réseau à piloter intelligemment la distribution d’électricité en période de tension. Dans un contexte où la sobriété énergétique reste un objectif affiché des pouvoirs publics, ces outils ont une utilité bien réelle.
De l’autre côté, la question de la vie privée n’a jamais vraiment quitté la table. Enedis assure que les données sont anonymisées avant tout traitement statistique à grande échelle, et la CNIL a validé le dispositif dans son ensemble, mais sous réserve de mesures de sécurité renforcées. Le sujet ne se limite donc pas au fantasme d’un compteur espion caché dans le tableau électrique, image qui a longtemps circulé sans grand fondement technique dans les groupes hostiles à la généralisation du compteur Linky.
Cette fois, il s’agit plutôt de savoir précisément qui a accès à cette courbe de charge, pour quel usage précis, et pendant combien de temps. Autant de réponses qui dépendent moins de la technologie elle-même que de la manière dont les fournisseurs agissent, sous le contrôle très relatif de la Cnil.
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