Passer au contenu

Traverser la rue avec son smartphone pourrait bientôt vous coûter 75 euros

5 min
0 commentaire
Partagez

Regarder son téléphone en traversant une rue pourrait bientôt être sanctionné en Italie. Le gouvernement italien soumet actuellement aux associations concernées un projet de réforme du Code de la route, avec une mesure assez inhabituelle : une amende de 75 euros pour les piétons qui utilisent leur smartphone alors qu’ils sont engagés sur la chaussée.

Le texte vise les “smombies”, ces piétons tellement absorbés par leur écran qu’ils en oublient presque ce qui se passe autour d’eux. Et si l’Italie s’apprête à durcir le ton, elle est loin d’être la première à s’attaquer au problème.

Le téléphone interdit dès que le piéton entre sur la chaussée

Le projet italien est assez précis. L’interdiction concernerait les smartphones, mais aussi les tablettes et les ordinateurs portables, dès lors que le piéton se trouve sur la chaussée. Cela vaut aussi bien pour un passage piéton que pour une traversée effectuée ailleurs. En revanche, rien ne changerait sur les trottoirs. Il resterait parfaitement possible d’utiliser son téléphone en marchant.

Les appels en mains libres et les écouteurs resteraient également autorisés, à condition de pouvoir continuer à entendre ce qui se passe autour de soi. Les appels d’urgence constitueraient évidemment une exception.

L’amende serait fixée à 75 euros, avec une réduction de 30 % en cas de paiement dans les cinq jours.

La réforme ne porte d’ailleurs pas uniquement sur le téléphone. Le gouvernement veut en profiter pour revoir plus largement le système italien de sanctions routières, avec un passage de 82 catégories d’amendes à seulement 21.

Le texte renforce aussi les obligations imposées aux piétons avant une traversée. Ils devront notamment s’assurer que les automobilistes les ont vus et qu’ils sont effectivement en train de ralentir. Les changements de trajectoire brusques ou les mouvements imprévisibles sont également visés.

Une approche qui s’appuie notamment sur une décision de la Cour de cassation italienne rendue en 2023 : dans certaines circonstances, la responsabilité d’un conducteur peut être écartée lorsque le comportement du piéton est considéré comme imprévisible.

Le “smombie” n’est pas un phénomène italien

Le terme peut prêter à sourire, mais le problème est pris au sérieux depuis plusieurs années. “Smombie” est la contraction de “smartphone” et “zombie”. Le mot est apparu en Allemagne et avait même été désigné mot de l’année chez les jeunes par les éditions Langenscheidt en 2015.

Un an plus tôt, une étude de Dekra menée dans six capitales européennes avait déjà montré l’ampleur du phénomène. Environ 17 % des piétons observés adoptaient un comportement considéré comme dangereux en utilisant leur téléphone, dont 8 % qui écrivaient des messages en traversant.

Depuis, le phénomène n’a évidemment pas disparu avec la multiplication des smartphones. Des observations réalisées dans d’autres grandes villes, notamment à Pékin et Seattle, ont également relevé une utilisation importante du téléphone pendant les traversées. Les proportions varient fortement selon les études et les lieux, mais le constat reste similaire : regarder son écran en traversant est devenu un comportement suffisamment courant pour intéresser les autorités de plusieurs pays.

La Sardaigne avait déjà testé l’idée

L’Italie ne part toutefois pas complètement de zéro. À Sassari, en Sardaigne, une mesure locale prévoit déjà une amende de 22 euros pour les piétons distraits par leur téléphone. La ville avait notamment justifié cette décision par ses statistiques locales, avec environ 1 000 accidents de la route recensés chaque année et une implication des piétons dans 21 % des cas.

Cette expérience locale constitue aujourd’hui un précédent intéressant alors que Rome envisage de généraliser le principe à l’ensemble du pays. Mais l’Italie n’est pas non plus la première à sanctionner directement les piétons.

En effet, aux États-Unis, Honolulu avait adopté dès 2017 une réglementation visant les piétons utilisant leur téléphone pour traverser la rue.

La première infraction pouvait entraîner une amende de 35 dollars, avec un montant porté à 75 puis 99 dollars en cas de récidive. L’objectif était alors de lutter contre l’augmentation des accidents mortels impliquant des piétons.

Mais toutes les initiatives n’ont cependant pas connu le même succès. À Toronto, une proposition visant également à interdire l’utilisation du téléphone pendant les traversées s’est heurtée au refus des autorités de l’Ontario. Le débat portait notamment sur la responsabilité respective du conducteur et du piéton car pour certains élus, un automobiliste doit avant tout rester capable de réagir à un piéton inattentif. Une question qui reste au cœur du débat actuel.

Certains préfèrent modifier la rue plutôt que sanctionner

D’autres villes ont choisi une stratégie radicalement différente, puisque les piétons regardent leur téléphone, autant essayer de leur transmettre les informations de sécurité directement dans leur champ de vision.

L’Allemagne, l’Autriche et l’Australie ont ainsi expérimenté des feux de signalisation installés au niveau du sol, près de certains passages piétons. L’idée est simple : même lorsqu’un piéton baisse les yeux vers son écran, le signal lumineux reste visible.

À Vilnius, en Lituanie, la solution a été encore plus surprenante. La capitale a aménagé un trottoir d’environ 300 mètres destiné spécifiquement aux utilisateurs de smartphones, séparé de la circulation traditionnelle !

Une façon de reconnaître que le comportement existe plutôt que de chercher uniquement à le sanctionner.

Une question qui dépasse largement l’Italie

Avec cette réforme, l’Italie choisit donc clairement la voie de la sanction. Le gouvernement veut responsabiliser les piétons et considère que traverser une rue en restant absorbé par son écran constitue un risque suffisamment important pour justifier une amende.

Reste maintenant à savoir si cette mesure passera sans modification. La consultation des associations concernées doit se poursuivre jusqu’au 13 septembre 2026.

Le débat risque en tout cas de dépasser largement la question des 75 euros. Car derrière le smartphone se pose une question plus compliquée : lorsqu’un piéton distrait traverse et qu’un accident survient, faut-il avant tout sanctionner son comportement ou considérer que l’espace public doit être conçu pour limiter les conséquences de cette distraction ?

Pour l’instant, l’Italie semble avoir choisi son camp.

Et en France ?

En France, il n’existe pas aujourd’hui d’amende spécifique visant un piéton qui utilise son smartphone en traversant la chaussée. Le Code de la route impose en revanche au piéton de ne pas “s’engager sur la chaussée” sans s’être assuré qu’il peut le faire sans danger, et de respecter certaines règles de priorité. Un téléphone à la main ne constitue donc pas, en lui-même, une infraction comparable à celle que l’Italie envisage.

La question n’est pourtant pas totalement étrangère au débat français. Les smartphones font désormais partie des comportements régulièrement pointés du doigt dans les campagnes de prévention routière, notamment parce qu’ils détournent l’attention au moment où le piéton doit justement surveiller la circulation. Pour l’instant, la France privilégie donc la sensibilisation plutôt qu’une sanction spécifique. Reste à voir si la multiplication de ce type de mesures en Europe finira par relancer le débat chez nous.

Articles sauvegardés