Acheter une voiture d’une marque encore peu implantée peut réserver quelques surprises. Aux Pays-Bas, Univé limite ainsi la couverture de plusieurs constructeurs, faute de visibilité suffisante sur le coût et la durée des réparations.
200 jours pour recevoir une pièce
Dongfeng, Lucid, FIREFLY, NIO et ZEEKR n’ont droit qu’à l’assurance responsabilité civile obligatoire, l’équivalent de notre assurance au tiers. Hongqi, Changan, Voyah, KGM, Leapmotor, VinFast, Jaecoo, MHero et Omoda sont, eux, complètement exclus pour le moment. La majorité des marques concernées sont chinoises, mais Univé insiste : ce n’est pas une « liste noire » visant un pays ou la qualité de ses voitures. Lucid est d’ailleurs américain, KGM sud-coréen et VinFast vietnamien. Leur véritable point commun est d’être arrivés récemment sur le marché néerlandais.
Pour l’assureur, le souci apparaît après l’accident. Il faut pouvoir savoir rapidement comment réparer le véhicule, combien de temps cela prendra et combien cela coûtera. « Si les pièces, l’assistance technique et un bon réseau de réparation font défaut, même des dommages limités peuvent entraîner une longue attente et des coûts élevés », explique Henkjan Matthijs, responsable mobilité chez Univé.
La situation n’est pas figée. BYD et Lynk & Co, deux constructeurs chinois, ainsi que Tesla ont montré qu’il était possible de bâtir rapidement un réseau local suffisamment solide pour rassurer les assureurs. Les exemples donnés par les réparateurs expliquent cette prudence. Edward Reinderts, du réseau ABS Autoherstel, raconte avoir attendu 200 jours pour recevoir un calculateur destiné à une voiture chinoise. Pendant ce temps, son propriétaire est resté sans véhicule.
Et encore faut-il savoir quoi faire de la pièce une fois arrivée. Les ateliers ont besoin d’instructions précises : peut-on souder tel élément, découper telle partie de la carrosserie, quelle procédure appliquer ? Ces documents techniques ne sont pas toujours disponibles en anglais ou en néerlandais. Certains modèles nécessitent aussi du matériel spécifique et des formations supplémentaires.
Univé cite même le cas d’une voiture américaine dont une petite fissure sur un élément de suspension aurait conduit à une déclaration de perte totale : les instructions prévoyaient le remplacement complet de la carrosserie. BOVAG, l’organisation professionnelle néerlandaise du secteur automobile, relativise toutefois le phénomène. Selon elle, ces problèmes restent limités et concernent surtout des constructeurs encore en phase d’installation en Europe. Ceux qui travaillent avec un réseau de concessionnaires locaux s’adaptent généralement assez vite.
Tous les assureurs ne sont d’ailleurs pas aussi prudents : Allianz et Centraal Beheer affirment ne bannir aucune marque. Mais avant de signer pour une voiture encore rare sur les routes, mieux vaut tout de même vérifier qu’elle pourra être assurée et réparée.