Des millions d’images sexuelles générées sans consentement, et au moins 244 arrestations depuis fin 2025. Le feuilleton judiciaire autour de l’IA d’Elon Musk ressemble à une descente aux enfers qui ne toucherait jamais le fond. Une nouvelle plainte, déposée cette semaine devant la justice américaine, vient pourtant de franchir un cap.
Grok accusé d’avoir appris de ses crimes
Le chatbot de xAI intégré à X et propriété d’Elon Musk avait déjà fait parler de lui pour sa très controversée fonction de « nudification ». Malgré les plaintes et les indignations publiques, la plateforme a vu déferler des vagues d’images sexuelles, souvent générées sans le consentement des personnes représentées. Un problème d’autant plus épineux que certaines de ces personnes étaient mineures. Les poursuites se sont accumulées : des adolescentes ont attaqué xAI en justice, l’Union européenne a ouvert une enquête, et l’entreprise elle-même a fini par poursuivre deux de ses utilisateurs pour la production de contenus pédocriminels.
Cette fois, la nouvelle plainte déposée par une plaignante anonyme, change radicalement d’angle. Jusqu’ici, toutes les procédures reprochaient à xAI son absence de garde-fous, ces protections que ses concurrents comme OpenAI ou Google avaient pourtant intégrées de longue date. Cette fois, l’accusation porte sur l’entraînement même du modèle. Selon les avocats de la plaignante, la politique de xAI considère comme éligible à l’entraînement tout contenu publié publiquement sur X, ainsi que toutes les productions de Grok lui-même. Concrètement, chaque image pédocriminelle générée par le chatbot et publiée sur la plateforme aurait été automatiquement réinjectée dans son corpus d’apprentissage, affinant sa capacité à en produire de nouvelles.
Grok en danger ?
C’est là que cette plainte se distingue de toutes les précédentes, et qu’elle devient potentiellement existentielle pour xAI. Si le modèle a effectivement été entraîné sur ces contenus, leur suppression de la plateforme ne change rien. Tant que Grok conserve la capacité de générer ce type de contenu, les images pédocriminelles continueront d’abonder. Les victimes voient leur exploitation « reproduite, transformée et redistribuée à grande échelle », sans jamais reprendre le contrôle sur ces images.
Les plaignants demandent la destruction de tous les contenus pédocriminels générés par Grok, y compris ceux susceptibles d’être utilisés pour l’entraînement de ses modèles. Une demande qui pourrait imposer à xAI de purger, voire de réentraîner ses modèles de fond en comble. Un précédent existe aux États-Unis : la FTC a déjà ordonné à plusieurs entreprises la destruction d’algorithmes entraînés sur des données collectées illégalement. Il faut dire que sur le terrain pénal, le droit fédéral américain ne laisse guère de place à l’ambiguïté. La production, la possession et la distribution de contenus pédocriminels constituent chacune un crime fédéral, et les avocates de la plaignante estiment que xAI a coché les trois cases.