Depuis le 2 août 2026, une obligation européenne impose aux contenus créés par IA d’être clairement mentionnés. Une obligation qui s’applique aussi aux productions textuelles, et promet déjà de bouleverser le quotidien de celles et ceux qui avaient fait de l’intelligence artificielle générative leur compagnon d’écriture. Concrètement, chaque texte produit par les derniers modèles de langage est flanqué d’une sorte de watermark, une signature invisible à l’œil nu, mais qui peut être exploitée en cas de doute. Forcément, il n’aura fallu que quelques jours aux internautes pour mettre en ligne des outils promettant d’effacer ce marquage invisible. Le problème, c’est que le système de marquage des textes IA est bien plus complexe qu’une simple métadonnée cachée dans le code du texte.
Le choix des mots comme filigrane
Dans plusieurs billets de blog, Anthropic l’éditeur de Claude, a détaillé le fonctionnement de son filigrane textuel intégré à son IA. Pour se conformer à l’article 50 de l’AI Act européen, qui impose aux fournisseurs d’IA de marquer leurs contenus « dans un format lisible par machine », l’entreprise a choisi un système invisible à l’œil nu, mais quasiment impossible à falsifier. Ici, pas de caractères cachés ou de mention discrète ajoutée. La technique repose sur une variante de SynthID-Text publiée par Google DeepMind dans la revue Nature en 2024 et inspirée d’une proposition datant de 2022. Quand un modèle de langage écrit, il fait des choix logiques entre plusieurs formulations équivalentes. Ainsi, il aura plus fréquemment tendance à utiliser certaines expressions. De la même manière, les enchaînements de mots ne sont jamais choisis au hasard, puisqu’ils répondent à une logique de probabilité.
C’est cette absence de hasard que veut détecter le filigrane d’Anthropic. À l’échelle d’une phrase, la machine ne pourra pas détecter grand-chose, mais plus le texte est long, plus le choix d’enchaînement des mots créera une signature statistique solide. Notez que le dispositif est déjà appliqué à tous les modèles lancés après le 2 août, dont les récents Fable 5.1 et Mythos 5.1. Les anciens modèles y échappent encore, le temps d’une période de transition qui ne devrait pas s’éterniser.
Le système a toutefois des angles morts : on le disait, les textes courts n’offrent pas assez de matière pour être évalués. Aussi les passages très factuels et le code ne seront pas (ou très mal) pris en compte. Si Anthropic rassure en indiquant qu’une relecture avec correction ne suffirait pas à signer le texte, et qu’une réécriture complète d’un paragraphe rédigé par IA permettrait d’effacer le filigrane. Comprenez : l’outil ne sera pas efficace à 100%, mais se contentera de donner un taux de probabilité.
Méfiez-vous des outils miracles
C’est sur ces limites que les internautes se sont basés pour tenter de venir à bout du watermark de Claude. Le problème, c’est que le détecteur d’Anthropic n’est pas public. L’API de détection est pour l’instant en version privée, et sans clé cryptographique, aucun outil ne peut ni lire le filigrane, ni prouver qu’il l’a effacé. Il s’agit pour la grande majorité de simples détecteurs d’IA, qui traquent les tics d’écriture des modèles génératifs, avec toute l’approximation qu’on leur connait.
À l’heure actuelle, la seule véritable option pour retirer à coup sûr la signature d’un texte IA, reste de tout reformuler. En attendant la publication de son outil de détection, difficile de déceler si un texte est généré ou non par Anthropic. La bascule arrivera quand l’éditeur le mettra à disposition de tous. À ce moment-là, nombre d’utilisateurs risquent de déchanter, et même de quitter le navire.