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Un homme voulait simplement agrandir sa cave, il a découvert une immense ville souterraine

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En 1963, un habitant de Derinkuyu, en Cappadoce, entreprend des travaux dans sa maison. En abattant un mur de son sous-sol, il découvre une pièce qu’il ne connaissait pas, puis un passage, puis d’autres galeries. Derrière cette paroi se cache en réalité un vaste réseau souterrain, dont les parties explorées descendent jusqu’à environ 85 mètres sous la surface !

Le site sera baptisé Derinkuyu, du nom de la ville située au-dessus. Selon les estimations retenues, l’ensemble aurait pu accueillir jusqu’à 20 000 personnes avec leurs animaux et leurs réserves. Mais derrière ce chiffre spectaculaire se cache surtout une réalité encore plus étonnante, personne ne connaît réellement l’étendue complète de cette ville souterraine !

  • En 1963, un habitant de Derinkuyu découvre par accident un vaste réseau souterrain, révélant une ville capable d’accueillir 20 000 personnes.
  • La ville, creusée dans le tuf volcanique, comprend des espaces de vie, des étables et un système défensif avec des portes en pierre.
  • L’origine de Derinkuyu reste mystérieuse, et seule une petite partie du site est accessible aux visiteurs aujourd’hui.

Une découverte accidentelle sous une maison

L’histoire de Derinkuyu commence donc par un chantier domestique plutôt banal. En 1963, un habitant de la ville découvre par hasard une ouverture derrière un mur de sa maison. En poursuivant les recherches, les habitants puis les archéologues mettent progressivement au jour un réseau de salles et de tunnels. Le site est finalement ouvert au public en 1965.

Aujourd’hui, les visiteurs ne voient pourtant qu’une petite partie de ce qui se trouve sous leurs pieds, le ministère turc de la Culture estime qu’environ 10 % de la cité est accessible.

Derinkuyu est creusée dans le tuf volcanique, une roche relativement tendre qui peut être travaillée avec des outils simples. Une fois exposée à l’air, cette roche offre toutefois une stabilité suffisante pour permettre la création de vastes salles, de couloirs et de puits sans recourir aux techniques de construction souterraine modernes. Des études géologiques ont notamment confirmé que la cité a été taillée dans des formations d’ignimbrite caractéristiques de la Cappadoce.

Jusqu’à 85 mètres sous terre

Derinkuyu est souvent présentée comme une ville de 18 niveaux. Il faut toutefois manier ce chiffre avec précaution car seuls huit niveaux ont été dégagés et étudiés suffisamment pour être ouverts aux visiteurs. La profondeur maximale généralement associée au complexe atteint environ 85 mètres.

Dans les espaces accessibles, on trouve tout ce qu’il faut pour comprendre que ces galeries n’étaient pas de simples cachettes temporaires. Le ministère turc mentionne notamment des étables, des caves, des salles à manger, des lieux de culte, des espaces de stockage ainsi qu’une école religieuse. Des pressoirs permettaient également de travailler les raisins et de produire du vin ou de la mélasse.

Une étude consacrée à l’organisation de Derinkuyu décrit elle aussi un véritable ensemble urbain souterrain comprenant des espaces de vie, des réserves, des installations religieuses, des étables, des puits et des systèmes de ventilation. La capacité maximale de 20 000 personnes reste cependant une estimation, et non le résultat d’un recensement ancien.

Des portes de pierre pour isoler les galeries

L’un des éléments les plus impressionnants du complexe est son système défensif. Certains passages pouvaient être bloqués depuis l’intérieur par d’immenses portes circulaires en pierre. Elles fonctionnaient comme des meules que l’on faisait rouler devant les ouvertures afin d’empêcher un intrus de progresser dans les niveaux inférieurs.

Le réseau de ventilation constitue une autre prouesse. Derinkuyu possède notamment une importante cheminée descendant à environ 55 mètres, reliée à la surface et également utilisée comme puits. Le ministère turc indique que certains puits n’étaient volontairement pas directement connectés à la surface, ce qui permettait notamment de limiter le risque de contamination de l’eau lors d’une attaque.

Autrement dit, les concepteurs ne se sont pas contentés de creuser quelques pièces dans le sol. Ils ont dû résoudre les problèmes les plus élémentaires d’une population vivant sous terre : respirer, boire, manger, stocker des aliments, garder des animaux et se protéger.

Qui a construit Derinkuyu ?

C’est ici que l’histoire devient nettement plus mystérieuse. L’origine exacte de la cité n’est pas connue avec certitude. Des habitations souterraines existaient déjà en Anatolie dans l’Antiquité : dans l’Anabase, Xénophon décrit au IVe siècle avant notre ère des maisons creusées sous terre, suffisamment vastes pour accueillir des familles, des animaux et des réserves. Mais il ne nomme pas Derinkuyu et rien ne permet donc d’affirmer qu’il décrivait précisément cette cité.

Les différentes études font intervenir plusieurs périodes et populations dans le développement des réseaux souterrains de Cappadoce. Les installations ont notamment été utilisées et transformées au fil des siècles par des populations chrétiennes de la région. La période byzantine semble avoir joué un rôle important dans leur développement, notamment comme refuge face aux raids et aux conflits qui ont touché l’Anatolie.

Il serait donc plus juste de parler d’une infrastructure agrandie et transformée pendant des siècles que d’une ville construite en une seule fois par un peuple précisément identifié.

Une ville abandonnée puis oubliée

Les réseaux souterrains de Cappadoce ont continué à servir de refuges bien après l’Antiquité. Des sources historiques témoignent encore de leur utilisation par les populations grecques de Cappadoce au début du XXe siècle. La situation change radicalement après l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie en 1923, lorsque les populations chrétiennes grecques de la région quittent la Turquie.

Une autre particularité souvent associée à Derinkuyu est l’existence d’un tunnel de plusieurs kilomètres qui la relierait à Kaymaklı, une autre grande ville souterraine de Cappadoce. L’idée est largement répandue, mais il faut là encore éviter de transformer une hypothèse en fait établi car des travaux géologiques indiquent qu’aucune preuve concluante d’une connexion entre les deux réseaux n’a été démontrée.

Et c’est finalement ce qui rend Derinkuyu aussi fascinante. Même après des décennies de recherches, les archéologues ne connaissent toujours pas l’intégralité de ce qui se trouve sous la ville moderne. Le ministère turc estime que seulement un dixième environ du complexe est aujourd’hui accessible.

Il aura donc fallu un mur de cave et quelques coups de pioche pour rappeler une chose assez vertigineuse, en Cappadoce, le sous-sol peut cacher presque autant d’histoire que la surface !

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