Il n’aura fallu que six semaines pour passer d’un refus catégorique, motivé par une sécurité jugée insuffisante, à l’annonce des premiers essais sur route ouverte. Mercredi soir, vers 22h, le ministre des Transports Philippe Tabarot a posté la photo d’un « échange constructif » en visioconférence avec Elon Musk. Bilan de l’opération : deux véhicules fournis par Tesla vont être testés sur les routes françaises « dans les prochains jours ». Une décision qui tombe à tout juste un mois d’un vote européen décisif.
Échange constructif ce soir avec @elonmusk autour du dispositif Full Self-Driving (FSD) de Tesla.
Depuis plusieurs mois, les autorités françaises travaillent étroitement avec @Tesla sur les adaptations techniques qui permettront à la France de soutenir son homologation, qui sera… pic.twitter.com/d1Y90cGJLf
— Philippe Tabarot (@PhilippeTabarot) September 2, 2026
Le FSD arrive sur les routes françaises
Quand on parle de voiture autonome, il faut comprendre Full Self-Driving supervisé, le système de conduite de Tesla. Il ne s’agit pas de conduite 100% autonome à proprement parler, mais bien d’un système classé 2 sur l’échelle du marché. Concrètement, le conducteur peut lâcher le volant, mais il doit garder les mains disponibles, les yeux sur la route, et rester prêt à reprendre le contrôle à tout moment. En cas d’accident, c’est lui qui reste juridiquement responsable.
Autonomie : de quoi parle-t-on exactement ?
La conduite autonome se mesure sur une échelle de 6 niveaux, définie par la SAE (Society of Automotive Engineers) et reprise par les régulateurs du monde entier. Au niveau 0, l’humain fait tout ; c’est ce qui existe actuellement. Le niveau 1 ajoute une assistance unique, comme le régulateur adaptatif ou l’aide à la position sur la route niveau 2, celui du FSD de Tesla, combine ces assistances : la voiture accélère, freine et tourne seule, mais le conducteur reste responsable et doit surveiller la route en permanence.
Le vrai basculement arrive au niveau 3 : le conducteur peut légalement détourner son attention dans certaines conditions (embouteillage sur autoroute, par exemple). Au niveau 4, la voiture se débrouille entièrement seule dans une zone définie, sans volant nécessaire. Le niveau 5, qui prévoit une autonomie totale partout et par tous les temps n’existe pas encore.
Dans son message, le ministre précise que les autorités françaises travaillent « depuis plusieurs mois » avec le constructeur américain sur les « adaptations techniques » nécessaires à une homologation. Une étape que la France franchit avec un train de retard sur ses voisins : depuis l’homologation néerlandaise d’avril dernier, cinq pays européens ont déjà autorisé le FSD, dont les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark.
Un revirement politique plus que technique
En juillet, le gouvernement refusait d’autoriser le système FSD, estimant que les progrès technologiques atteints par l’entreprise d’Elon Musk ne compensaient pas les risques encourus. La position officielle française consistait d’ailleurs à renvoyer la décision vers Bruxelles, afin de ne pas porter seule la responsabilité d’un éventuel accident.
Entre temps, le gouvernement semble avoir changé son fusil d’épaule. Un vote européen sur l’homologation du FSD doit intervenir dans un mois environ, et la position française pèsera lourd dans la balance. En lançant des essais maintenant, Paris espère sans doute arriver à la table des négociations avec des données de terrain. Elon Musk, qui a intensifié son lobbying européen depuis des mois, obtient ce qu’il cherchait.
Reste la question du produit final. Aux États-Unis, au Canada ou en Australie, le FSD équipe déjà des millions de véhicules en option. En Europe, Tesla a basculé vers un modèle d’abonnement, à l’image des Pays-Bas. Si le système arrive en France, il faudra le payer. En attendant, et même si ces deux premiers essais sont prometteurs, la France n’a pas encore homologué le FSD sur ses routes. Entre les réserves sécuritaires de cet été et l’enthousiasme de mercredi soir, on mesure surtout à quel point le dossier est devenu un enjeu d’influence politique.