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Extension Pokémon 30 ans : les magasins ont-ils le droit de desceller les cartes pour éviter les scalpers ?

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Un précédent américain pourrait mettre à mal les adeptes de l’achat revente.

Entre mars 2025 et mars 2026, 10 milliards de cartes Pokémon ont été imprimées dans le monde. Reste l’extension 30 ans est arrivée cette semaine, et que les ruptures de stocks ont été nombreuses. En cause, les collectionneurs, évidemment, mais aussi les scalpers, ces petits filous qui achètent les sets de cartes dès leur sortie, pour ensuite les revendre beaucoup plus cher que leur prix initial. Face à cette pénurie devenue structurelle, une enseigne américaine a tenté cet été une riposte assez inédite : détruire elle-même la valeur de sa propre marchandise en descellant les ETB et autres sets les plus rares.

Détruire le scellé pour tuer la plus-value

La vidéo a fait le tour du monde cet été, et elle est revenue sur le devant de la scène il y a quelques jours. On y voit deux employés d’un magasin Target, aux États-Unis, retirer un à un les films plastiques de Coffrets Dresseur d’Élite posés sur un chariot, avant de remettre les boîtes nues en rayon. La raison de ce sabotage est simple : sur le marché spéculatif, un produit dont le scellé d’usine est intact vaut nettement plus cher qu’un produit ouvert. En supprimant le film plastique des sets les plus prisés, le magasin annule la prime à la revente sans toucher au prix affiché. Le joueur et le collectionneur venus ouvrir leurs boosters ne perdent rien, tandis que le revendeur perd sa marge.

Pourquoi le scellé est important ?

Sur les cartes à collectionner, la présence d’un film plastique intact est une preuve. Il atteste que personne n’a ouvert la boîte pour en retirer les cartes intéressantes avant de la remettre en circulation. À la revente, un coffret scellé se négocie beaucoup plus cher qu’un coffret ouvert au contenu pourtant identique. Attention quand même : le film n’est pas une garantie inviolable. En plus des fraudes potentielles, le morceau de plastique qui entoure votre ETB protège de la poussière et de l’humidité, mais il se rétracte à la chaleur et peut jaunir avec le temps.

Reste que l’opération n’a pas duré longtemps. Dans une note interne, Target intime à ses magasins de ne plus briser de scellés, ni de retirer de films sur les produits de cartes à collectionner. Deux arguments sont avancés : d’abord, le stock de cartes appartient au fournisseur et non à l’enseigne, ensuite, mieux vaut « réduire le risque juridique » en cas de litige avec les collectionneurs.

Et en France ?

Chez nous, la manœuvre se heurterait d’abord à l’article L217-5 du code de la consommation. Depuis la réforme de 2021, un bien n’est conforme que s’il est délivré « avec tous les accessoires, y compris l’emballage […] que le consommateur peut légitimement attendre ». Sur un coffret à 55 € vendu neuf, un retrait du film de protection par le vendeur ouvre potentiellement la porte à un problème de garantie.

Deuxième obstacle en France, le droit des marques. Concrètement, The Pokémon Company aurait des arguments légaux pour interdire à un distributeur européen de vendre sous sa marque des coffrets qu’il a lui-même déballés. Troisième point enfin, celui de la responsabilité. Quand un ETB est mis en rayon, il reste juridiquement la propriété du fournisseur, que le magasin n’a pas le droit de détériorer volontairement.

En France, rien n’interdit de vendre un produit sans son film, à la condition express que le consommateur soit clairement informé avant l’achat. C’est précisément la logique qui fait foi au Japon, où certains Pokémon Centers retirent le film au moment de l’achat, après la transaction. Reste qu’en attendant, les scalpers ne disparaissent pas comme par magie de la surface : il leur suffit d’ouvrir les boosters, et de prier pour une carte rare. 

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