- Meta a déposé un brevet pour des lunettes Ray-Ban capables de reconnaissance faciale, soulevant des inquiétudes sur la vie privée.
- L’ACLU et 75 associations mettent en garde contre l’identification des individus à leur insu pour le divertissement.
- Malgré les controverses, les lunettes ont connu un grand succès commercial, incitant certains établissements à les interdire.
Difficile de faire plus problématique pour le respect de la vie privée. Un brevet déposé par Meta Platforms and Technologies en février 2026 interroge sur les véritables intentions du groupe américain. Celui-ci décrit un système d’intelligence artificielle incrusté dans les lunettes connectées à première vue fort sympathique, capable de générer des montages vidéo personnalisés en fonction des personnes qui interviennent dans les captures.
Pour démontrer l’exploit, le brevet donne l’exemple d’un dîner entre amis, lors duquel les lunettes filment et enregistrent tout puis en compilent les meilleurs moments propres à chaque convive. Meta travaille sur cette technologie depuis plusieurs mois, en atteste un article du New York Times paru en février dernier qui évoquait “NameTag”, le projet qui circule en interne depuis la mi-2025.
Pour cela, Meta aurait acquis une licence de reconnaissance faciale auprès de Rank One Computing, une société qui compte comme clients des agences militaires et policières américaines. Meta aurait par la suite fait marche arrière lorsque l’information avait fuité dans la presse il y a quelques mois, assurant qu’une transparence totale serait de mise en cas de déploiement d’un tel logiciel.
Un logiciel qui pose question
Sous ces airs de fonctionnalité qui rassemble, cette nouvelle technologie pose un réel problème de respect à la vie privée et de droit à l’image, mis à mal depuis l’avènement de ces nouvelles technologies portables qui se portent sur le nez. L’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) s’est d’ailleurs montrée très inquiète face à un tel projet et, dans une lettre ouverte cosignée par 75 associations de consommateurs, a qualifié l’intégration de la reconnaissance faciale comme “une ligne à ne pas franchir”.
Car oui, c’est bien d’une technologie de reconnaissance faciale qu’il s’agit là, enregistrée en direct au nez et à la barbe des personnes qui nous entourent. Contrairement aux images enregistrées par les caméras de surveillance situées dans l’espace public et dont les images ne sont utilisées que dans le seul cadre sécuritaire, la technologie de Meta ambitionne clairement d’identifier chaque personne à son insu pour du divertissement. De plus, il sera dès lors impossible pour une personne lambda de savoir si un utilisateur de Ray-Ban Meta filme une scène large ou tente de l’identifier formellement au sein de cette scène.
Officiellement, et selon les déclarations de l’entreprise américaine, les enregistrements des Ray-Ban Meta ne sont pas conservés en interne. Officieusement, Meta envoie les vidéos, même intimes, de ses utilisateurs à des sous-traitants kenyans, qui sont alors chargés de les analyser.
Un succès commercial qui divise
Pourtant, malgré les nombreuses inquiétudes qu’elles soulèvent, les Ray-Ban Meta sont un véritable succès commercial, avec près de sept millions de paires vendues en 2025. L’objet est dès lors (presque) banalisé, et nombreux sont les pays qui tentent aujourd’hui d’enrayer le phénomène avant que l’espace public ne soit inondé de ces gadgets ou pour éviter les abus. Au Royaume-Uni, de nombreux bars, pubs, restaurants et théâtres ont commencé à interdire les Ray-Ban Meta de leur établissement. Outre-Atlantique, aux États-Unis, l’agence fédérale ICE a fini par interdire ses employés d’en porter, alors que beaucoup ont été pris en flagrant délit d’avoir surveillé des manifestants avec ces lunettes.
En interne, Meta défend l’idée d’une technologie porteuse d’espoir pour une certaine frange de la population. Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, a ainsi argumenté qu’elle pourrait transformer le quotidien de personnes malvoyantes ou atteintes de troubles de la mémoire.