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Dans ces départements, le smartphone au volant vous fait carrément perdre votre permis

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Dans certains coins de France, l’envoi d’un SMS ou pire le visionnage de TikTok au volant peut vous faire rentrer à pied plutôt que vous faire perdre 135 euros.

Tenir son smartphone en conduisant ne coûte plus partout la même chose. Dans une quinzaine de départements, le préfet peut désormais suspendre votre permis pour ce seul motif, sans excès de vitesse ni ligne blanche franchie en bonus. Ailleurs, rien ne bouge : amende, points, et on repart. La même main sur le même téléphone n’a pas du tout les mêmes conséquences selon le panneau de département que vous venez de dépasser. Et c’est à la fois une très bonne idée et un sacré bazar.

La règle nationale : 135 euros, 3 points, et c’est presque tout

Partout en France, le tarif de base est connu : 135 euros d’amende et 3 points en moins si vous êtes contrôlé téléphone en main au volant.

Pour perdre le permis dans la foulée, il fallait jusqu’ici en rajouter une couche : griller un stop, franchir une ligne continue, rouler trop vite. Là, les forces de l’ordre pouvaient retenir le permis et le préfet le suspendre. Autrement dit, le téléphone seul restait une infraction « à 135 balles ». Plus pour longtemps, visiblement.

Le super-pouvoir du préfet que tout le monde avait oublié

Pas de nouvelle loi nationale là-dedans. Tout repose sur un durcissement préfectoral, département par département.

L’arme utilisée existe depuis longtemps : l’article L.224-7 du Code de la route, qui permet au préfet de prononcer un avertissement ou une suspension provisoire du permis dès qu’il a connaissance d’une infraction. Certains préfets ont simplement décidé de dégainer cet outil pour le téléphone. La suspension peut aller de 15 jours à 6 mois, sans attendre le moindre jugement.

Et attention, ça s’ajoute au reste. L’amende et les 3 points tombent quand même, en plus de la suspension provisoire de votre permis.

La liste des départements qui pratiquent la suspension immédiate :

Tout a commencé dans le Sud-Ouest, avec les Landes, sous l’impulsion du préfet Gilles Clavreul. Depuis, la liste n’arrête pas de s’allonger :

  • Landes (40) : depuis le 1er novembre 2025, jusqu’à 6 mois de suspension.
  • Pas-de-Calais (62) : depuis février 2026, jusqu’à 2 mois.
  • Lot-et-Garonne (47) : jusqu’à 6 mois, mais pas de façon automatique, seulement pour les cas les plus dangereux.
  • Charente-Maritime (17) : depuis le 1er mai 2026, jusqu’à 6 mois, avec en prime une contribution citoyenne de 200 euros à verser à une association d’aide aux victimes.
  • Vaucluse (84) : depuis mi-mai 2026, jusqu’à 6 mois, évalués au cas par cas.
  • Ardèche (07) : depuis le 1er juin 2026, jusqu’à 1 mois.
  • La Réunion (974) : premier département d’outre-mer à franchir le pas, le 1er juin 2026, avec 28 jours maximum.
  • Deux-Sèvres (79) : depuis le 15 juin 2026, jusqu’à 15 jours.
  • Eure-et-Loir (28) : depuis le 3 juillet 2026, 1 mois, doublé en cas de récidive. Et ici, le permis est retenu directement à la fin du contrôle.
  • Indre-et-Loire (37) : depuis le 24 juillet 2026, 1 mois, doublé pour les récidivistes, les jeunes conducteurs en permis probatoire.
  • Haute-Loire (43) : depuis le 1er août 2026, avec déjà une dizaine de permis suspendus en quelques semaines.
  • Yonne (89) : depuis le 1er août 2026, 1 mois, 2 en cas de récidive.
  • Drôme (26) : 1 mois pour une première infraction, jusqu’à 3 mois en cas de récidive.
  • Corrèze (19) : version light, réservée aux récidivistes, avec 3 semaines de suspension depuis le 1er septembre.
  • Puy-de-Dôme (63) et Vienne (86) : les derniers arrivés, avec une entrée en vigueur au 1er octobre.

Pourquoi tout le monde s’y met maintenant ?

Parce que les chiffres sont mauvais. Après des décennies de baisse, la mortalité routière est repartie à la hausse en 2025, que la Sécurité routière a qualifiée d’« année de rebond ». Bilan : 3 513 morts sur les routes françaises.

Et le smartphone est clairement dans le viseur. 80 % des Français reconnaissent l’utiliser en conduisant, alors qu’il triple le risque d’accident. Pour la lecture d’un message, c’est encore pire : le risque est multiplié par 23. Cinq secondes les yeux sur l’écran en ville, c’est plus de 70 mètres parcourus quasiment à l’aveugle. Moi-même étant motard, je ne n’ose même pas vous décrire à quel point le comportement des conducteurs peut être erratique.

Android auto oui, mais écouteurs non

Les écouteurs, c’est non. Oreillette, casque, écouteurs sans fil : tout ça est sanctionné exactement comme le téléphone en main. Seul le Bluetooth intégré à la voiture passe. Et l’excuse du feu rouge ne tient pas non plus. Arrêté au feu, vous êtes toujours considéré comme en circulation. Bref, CarPlay et Android Auto sont vos meilleurs amis.

Une France à géométrie variable

Sur le fond, la mesure semble logique. Le téléphone au volant tue, tout le monde le sait, et 135 euros n’ont jamais dissuadé grand monde de jeter un œil. Une suspension de permis, ça, ça fait réfléchir.

Mais le patchwork actuel est un non-sens. Deux semaines ici, six mois là, trois semaines seulement pour les récidivistes ailleurs, et rien du tout dans les trois quarts du pays. Vous pouvez repartir avec une amende d’un côté de la limite départementale, et finir le trajet à pied de l’autre. Personne ne vérifie l’arrêté préfectoral avant de changer de département. Si le téléphone au volant mérite une suspension de permis, alors ça mérite une règle nationale.

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