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Ce n’est ni le requin ni le lion : l’animal qui tue le plus d’humains pèse quelques milligrammes

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Quel animal tue le plus d’humains chaque année ? Le requin, le lion ou peut-être le serpent viennent spontanément à l’esprit. Pourtant, le champion est beaucoup plus petit.

Le moustique est à l’origine de plus de 600 000 décès par an, principalement à cause du paludisme. Selon les dernières estimations de l’OMS, la maladie aurait causé environ 610 000 morts en 2024. Et ce chiffre ne couvre qu’une partie des maladies transmises par les moustiques.

Le reste du classement est tout aussi contre-intuitif. Chiens, escargots d’eau douce, punaises ou vers intestinaux y figurent en bonne place, car ils participent à la transmission de maladies parfois mortelles. À l’inverse, les grands prédateurs qui dominent les documentaires animaliers arrivent très loin derrière.

Un classement qui dépend des méthodes

Classer les animaux les plus dangereux est moins simple qu’il n’y paraît. Faut-il ne compter que les attaques et les morsures, ou inclure aussi les maladies qu’ils transmettent ? La plupart des classements retiennent les deux critères.

Le moustique, par exemple, ne tue pas directement car il transmet des parasites ou des virus responsables du paludisme, de la dengue et d’autres maladies. Même logique pour le chien, l’essentiel des décès qui lui sont attribués est lié à la rage. Les chiffres varient fortement d’un pays à l’autre et reposent parfois sur des modélisations plutôt que sur des certificats de décès.

Dans une compilation publiée en 2026, Our World in Data rappelle qu’il n’existe pas de chiffres définitifs pour plusieurs espèces. Mieux vaut donc y voir des ordres de grandeur qu’un palmarès au chiffre près.

Infographie
© JDG

1. Le moustique : plus de 600 000 morts par an

Pour le moustique, la donnée la plus robuste est celle du paludisme. L’OMS estime qu’en 2024, la maladie a causé 610 000 décès pour environ 282 millions de cas. Le parasite responsable est transmis par les moustiques du genre Anopheles.
Le paludisme n’est pas leur seul fardeau sanitaire. Les moustiques transmettent aussi la dengue, la fièvre jaune, le chikungunya, le virus Zika et l’encéphalite japonaise. Au total, les maladies à transmission vectorielle provoquent plus de 700 000 morts par an selon l’OMS, même si elles ne sont pas toutes dues aux moustiques.

2. L’être humain : plusieurs centaines de milliers de morts

L’être humain figure lui aussi dans ce classement si l’on inclut les homicides. L’ONU a recensé environ 458 000 homicides intentionnels dans le monde en 2021, dernière année documentée en détail dans le Global Study on Homicide 2023. Entre 2019 et 2021, la moyenne annuelle se situait autour de 440 000 morts.

Des compilations plus récentes, notamment celle d’Our World in Data, montent jusqu’à près de 600 000 décès en 2023. Cet écart illustre surtout l’incertitude des données mondiales, qui dépend des années et des méthodes retenues.

3. Le serpent : jusqu’à 138 000 morts

Les serpents tuent bien davantage que ne le laisse penser leur image dans la culture populaire. Selon l’OMS, leurs morsures provoquent entre 81 410 et 137 880 décès par an. Elles entraînent aussi, chaque année, entre 1,8 et 2,7 millions d’empoisonnements nécessitant des soins. Le danger est particulièrement aigu dans les zones rurales d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, où l’accès aux antivenins et aux soins d’urgence reste souvent limité.

4. Le chien : environ 59 000 morts

Le chien ne doit pas sa place aux attaques directes : la grande majorité des décès qui lui sont associés sont dus à la rage. L’OMS estime que la rage cause environ 59 000 décès par an dans plus de 150 pays. Dans 99 % des cas humains, elle est transmise par la morsure d’un chien infecté. La vaccination des chiens reste donc l’un des leviers les plus efficaces pour prévenir ces morts.

Our World in Data retient une estimation plus basse, autour de 40 000 morts par an. Là encore, le résultat dépend de la méthode utilisée.

5. L’escargot d’eau douce : plusieurs milliers de morts

Un escargot dans un classement pareil, ça surprend. Pourtant, certaines espèces d’eau douce jouent un rôle dans la transmission de la schistosomiase, aussi appelée bilharziose. L’OMS inclut cette maladie parmi les grandes maladies à transmission vectorielle, qui causent ensemble plus de 700 000 morts chaque année. Les estimations pour la bilharziose évoquent un taux de mortalité annuel d’environ 10 000 à 15 000 décès, selon les sources et les années.

6. La punaise triatome : plus de 10 000 morts selon l’OMS

La punaise triatome, parfois appelée “punaise assassin” ou “punaise qui embrasse”, transmet le parasite responsable de la maladie de Chagas.

L’OMS estime qu’environ 8 millions de personnes sont infectées dans le monde, et que la maladie cause plus de 10 000 décès chaque année. Elle est particulièrement présente en Amérique latine, même si elle s’est répandue dans d’autres régions du monde. Les estimations divergent toutefois, Our World in Data parle plutôt d’environ 8 000 décès par an.

7. Le phlébotome : plusieurs milliers de morts

Cet insecte minuscule, aussi connu sous le nom de mouche des sables, transmet les parasites responsables de la leishmaniose. Sa forme viscérale, le kala-azar, peut être mortelle sans traitement. Longtemps, l’OMS a évoqué 20 000 à 30 000 morts par an pour l’ensemble des leishmanioses. Les évaluations récentes sont nettement plus basses. Sa place exacte dans le classement reste donc floue.

8. L’ascaris : environ 4 000 morts

Un ver intestinal peut lui aussi entrer dans la liste. L’Ascaris lumbricoides provoque l’ascariose, surtout dans les régions où l’eau potable et l’assainissement manquent encore. Our World in Data évalue à environ 4 000 les décès annuels liés à l’ascariose, s’appuyant sur des données du Global Burden of Disease et de l’OMS. Les estimations varient, allant de quelques milliers à plus selon les méthodes employées.

9. Le scorpion : autour de 3 000 morts

Les scorpions sont loin d’être aussi meurtriers que les serpents, mais leurs piqûres provoquent quand même des milliers de décès chaque année. Les données mondiales restent fragiles, Our World in Data avance environ 3 000 morts par an, un total proche de celui retenu par d’autres sources. Mieux vaut prendre ce chiffre comme un repère, pas comme un décompte exact.

10. Le ténia : environ 2 000 morts

Les ténias font eux aussi partie des surprises. Ces vers parasites peuvent entraîner des infections graves, parfois mortelles, notamment lorsqu’elles touchent le système nerveux. Our World in Data estime à environ 2 000 le nombre de décès annuels liés aux infections par les vers plats, chiffre qui reste moins solide que celui du paludisme ou des morsures de serpent.

Et les lions, requins et crocodiles ?

C’est sans doute le point le plus contre-intuitif : les crocodiles, souvent associés au danger, sont très loin du haut du classement. Les estimations internationales comptent les crocodiles parmi ceux qui provoquent quelques centaines à environ 1 000 décès par an, selon les sources. Les éléphants et les hippopotames provoquent souvent plusieurs centaines de morts, tandis que les grands félins causent quelques centaines de décès au total. Le requin est encore plus bas. puisqu’à l’échelle mondiale, les attaques mortelles se comptent généralement en quelques cas par an !

Et la mouche tsé-tsé ?

Elle figure encore dans de nombreux classements anciens avec environ 10 000 morts par an, mais ce chiffre est aujourd’hui dépassé.

La trypanosomiase humaine africaine, ou maladie du sommeil, a connu un recul spectaculaire. L’OMS indique que le nombre de cas est tombé en dessous de 2 000 en 2017, puis en dessous de 1 000 en 2018, et reste sous ce seuil depuis. La mouche tsé-tsé reste un vecteur important dans certaines régions, mais les anciens chiffres de mortalité ne reflètent plus la situation actuelle.

Au final, ce classement ne dit pas grand-chose sur la dangerosité des animaux eux-mêmes. Il raconte surtout l’histoire des maladies infectieuses et de l’accès aux soins.

Le moustique doit sa première place au paludisme, pas à ses piqûres. Le chien apparaît essentiellement à cause de la rage, la punaise à cause de la maladie de Chagas et l’escargot à cause de la schistosomiase. Dans tous ces cas, l’animal est un vecteur ou fait partie du cycle d’un agent pathogène. C’est aussi pour cela que les chiffres sont compliqués à comparer.

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