Le scientifique français Henri Kagan est reconnu dans le monde entier pour ses travaux sur la catalyse asymétrique. Alors que ce domaine de recherche avait été récompensé d’un prix Nobel en 2001, beaucoup d’observateurs avaient jugé que le comité avait « oublié » le français dans sa liste des lauréats. 25 ans plus tard, l’Académie suédoise se corrige, récompensant Henri Kagan ainsi que le scientifique japonais Kenso Soai.
Qu’est-ce que la catalyse asymétrique
Pour comprendre le champ de recherche d’Henri Kagan, il faut s’intéresser à la chiralité des molécules. Ce principe, valable pour des centaines de molécules différentes, explique que ces dernières ont deux formes « miroir ». Pour simplifier, il faut imaginer une même molécule comme des sœurs jumelles.
Bien qu’identiques d’aspect, ces deux versions de la molécule ont pourtant des effets très différents. Une version peut être utilisée pour créer des médicaments, alors que l’autre est hautement toxique.
C’est cette particularité qui a causé le scandale sanitaire autour du Contergan, un médicament largement prescrit comme un anti-nauséeux pour les femmes enceintes dans les années 1960. Lors de sa fabrication, le médicament utilisé les deux formes de la molécule, l’une saine et efficace alors que l’autre entraînait des malformations congénitales sur les fœtus.
Entre 10 000 et 12 000 bébés dans le monde auraient soufferts de effets secondaires du médicament avec des malformations plus ou moins grave. Plus de la moitié de ces nourrissons sont nés en Allemagne de l’ouest, pays de conception du médicament.
Quelle est la découverte d’Henri Kagan ?
Face aux problèmes des molécules chirales (à double aspect), le scientifique français Henri Kagan découvre en 1996 qu’il est possible de déséquilibrer une forme moléculaire par rapport à une autre grâce à une réaction chimique.
Alors que les scientifiques pensaient, cette relation linéaire (plus il y a de réaction plus une forme est mise en avant), Henri Kagan et ses équipes démontrent la « non-linéarité » de ce phénomène. Il est donc possible de « forcer » le choix moléculaire en faveur de la substance voulue.
Soigner des millions de personnes
Ces travaux ont eu un immense impact sur le monde de la médecine et la conception de médicaments. L’un des exemples les plus célèbres concerne la molécule DOPA.
La forme « gauche » de la molécule est capable de se transformer en dopamine dans le cerveau d’une personne atteinte de la maladie de Parkinson, limitant ainsi les tremblements et la rigidité musculaire des patients.
La forme « droite » de cette même molécule (sa version miroir) est elle très dangereuse pour l’humain. Elle peut faire chuter les taux de globules blancs avec une prise même mineure. Autre exemple d’utilisation, beaucoup plus courante, des découvertes d’Henri Kagan, dans le monde de l’agroalimentaire, notamment de la confiserie.
La molécule Menthol dispose de deux formes, mais seule l’une d’entre elles donne cette sensation de fraîcheur et son odeur caractéristique de menthe poivrée. Aujourd’hui on en retrouve dans des bonbons, des chewing-gums ou des cigarettes électroniques.