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La banquise arctique pourrait reculer plus que prévu, même en hiver

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La banquise regagne du terrain chaque hiver, mais ce retour saisonnier cache une fragilité inquiétante. En confrontant des modèles climatiques à des traces vieilles de 6.000 ans, des chercheurs estiment que la superficie hivernale de la banquise pourrait être largement inférieure aux prévisions.

En Arctique, la fonte estivale attire l’attention. La situation en hiver mérite pourtant, elle aussi, un examen approfondi. Lorsque les températures baissent, la glace se reforme et atteint généralement son étendue maximale en mars. Mais ce retour ne signifie pas que tout va bien : la banquise peut être moins étendue, plus fine et plus jeune qu’auparavant.

Des conséquences possibles jusque chez nous

Pour mieux comprendre son évolution, une équipe de l’université de Cambridge et du Centro de Investigación en Matemáticas, au Mexique, a regardé quelques millénaires en arrière. Ses résultats, publiés dans Nature Geoscience, suggèrent que les projections hivernales étaient trop optimistes.

Direction le milieu de l’Holocène, il y a environ 6.000 ans. De légères variations de l’orbite terrestre modifiaient alors la répartition de l’ensoleillement, contribuant à des conditions plus chaudes et à une banquise moins étendue dans l’Arctique. Les chercheurs ont rassemblé des mesures d’IP25, une substance produite par certaines algues vivant dans la glace. Conservée dans les sédiments marins, elle renseigne sur la présence ancienne de banquise. D’autres marqueurs, issus d’organismes vivant en eau libre, complètent le tableau.

L’équipe a ensuite comparé ces indices aux simulations de 27 modèles climatiques pour cette même période. Le constat : pris ensemble, les modèles prévoyaient trop de glace en hiver. Les scientifiques ont donc accordé davantage de poids aux modèles reproduisant le mieux les conditions anciennes. Appliquée aux projections futures, cette méthode aboutit à une superficie de banquise hivernale inférieure d’environ un million de kilomètres carrés aux estimations précédentes. Elle réduit aussi l’incertitude, jusqu’à 85 % selon les projections étudiées.

La banquise ne concerne pas seulement les régions polaires. En hiver, elle régule les échanges de chaleur et d’humidité entre l’océan et l’atmosphère. Son recul a été associé à des hivers plus froids et à des chutes de neige plus importantes dans certaines parties de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Cela ne permet toutefois pas de prédire la météo d’un hiver précis.

L’étude apporte aussi des indices concernant les précipitations. Avec cette nouvelle pondération des modèles, les projections suggèrent que les chutes de neige dans le sud-est du Groenland et les pluies en Méditerranée pourraient être sous-estimées. Ces résultats pourraient avoir des implications pour la stabilité de la calotte du Groenland et le risque d’inondation dans le sud de l’Europe. Ils restent à approfondir, même si les sédiments anciens permettent déjà de mieux préciser les projections concernant la banquise.

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