En France, la lutte contre le piratage sportif a rapidement pris de l’ampleur. En mai 2025, Canal+ et la LFP ont obtenu du tribunal judiciaire de Paris que cinq VPN bloquent 203 noms de domaine, une première. Depuis, le combat entre les ayants droit et les VPN illégaux n’a cessé de monter en puissance.
Les ordonnances se sont multipliées, mais des juges commencent à poser des limites avec le tribunal judiciaire de Paris qui, le 7 octobre dernier, a refusé de sanctionner NordVPN et Surfshark des 10 000 euros par jour et par domaine que beIN Sports réclamait. Le 17 septembre, c’est Canal+ qui échouait à obtenir des astreintes contre Cloudflare, qui avait pourtant bloqué 72,6 % des domaines visés. Toutes ces affaires sont ressorties dans le rapport “VPNs at Risk”, publié le 21 octobre dernier par l’Internet Infrastructure Coalition (i2Coalition), à l’occasion de la Journée mondiale du chiffrement.
La France trop sévère ?
Le rapport s’est intéressé aux restrictions visant les VPN dans sept pays, à savoir l’Inde, le Royaume-Uni, le Pakistan, le Brésil, l’Iran, la Russie et … la France. Le rapport commence par rappeler ce qu’est concrètement un VPN, ou virtual private network. Il s’agit en réalité de technologies de réseau sécurisé qui créent des connexions chiffrées sur des réseaux non fiables, pour des particuliers comme pour des entreprises. Le commun des mortels utilise ainsi les VPN pour sécuriser une connexion ou, et c’est ce qui nous intéresse ici, à des fins illégales pour avoir accès à du contenu qui n’est normalement pas disponible dans son pays.
Les VPN font partie de l’architecture de sécurité dont dépendent chaque jour particuliers et entreprises. – Christian Dawson, directeur exécutif de l’i2Coalition.
i2Coalition rappelle que les différents pays cités ont des objectifs légitimes, puisque les VPN peuvent représenter un danger en matière de cybersécurité, de lutte contre le piratage ou encore dans la protection des enfants. Dans certains cas, ces VPN peuvent compliquer l’attribution d’un réseau ou aider à contourner des restrictions. Mais i2Coalition poursuit son rapport en précisant que les VPN aident également à sécuriser la navigation en ligne des internautes, qu’ils soient adultes ou enfants.
Deux visions du blocage opposées
Et c’est là que le rapport se veut particulièrement critique à l’égard de la France. i2Coalition, qui, comme le rappelle Clubic, représente notamment des fournisseurs de VPN et leurs intérêts, estime que l’extension des blocages demandée par Canal+ vers les fournisseurs de VPN représente une mesure disproportionnée, dont l’efficacité et les conséquences sur la confidentialité ne sont pas suffisamment évaluées.
Aux Etats-Unis, ce sont deux projets de loi actuellement à l’étude qui sont d’actualité. D’un côté, l’American Copyright Protection Act (ACPA), porté par Darrell Issa, vise les fournisseurs d’accès, les résolveurs DNS et les VPN comptant au moins 100 000 utilisateurs actifs mensuels chaque mois, avec des dommages allant jusqu’à 250 000 dollars en cas de blocage à tort. De l’autre, le DEFEND IP Act exclut les services qui ne proposent que du VPN, et est soutenu par la très puissante Motion Picture Association américaine.