Critique

[Critique] Nicky Larson et le parfum de Cupidon : Philippe Lacheau ne craint personne

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Allan Blanvillain le

Lorsque que Philippe Lacheau a annoncé adapter le dessin animé culte du Club Dorothée, Nicky Larson, il a dû affronter une levée de boucliers des fans, y compris de l’auteur de ces lignes. Il faut dire que les adaptations de mangas nous ont rarement – voire jamais – laissées un bon souvenir. Mais le réalisateur / scénariste / acteur a tenu bon face aux critiques. À raison ?

Il faut comprendre notre scepticisme. On est autant attaché à Nicky Larson et aux coups de marteau de Laura qu’à City Hunter, le manga original de Tsukasa Hojo, et ses fameux « coucou » (les vrais comprendront). Toucher à ce monument de notre jeunesse – qu’on relit ou revoit toujours avec plaisir – c’était prendre le risque de voir un personnage qui nous est cher massacré sur grand écran. Jackie Chan l’avait déjà fait, et l’idée de revivre une telle déconvenue ne nous enthousiasmait pas spécialement, surtout si le coupable était un compatriote.

Autre source de défiance, la Bande à Fifi dans les rôles principaux. Il convient ici d’éclaircir un point : on apprécie Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Tarek Boudali et Julien Arruti qui ont le mérite de rafraîchir un peu la comédie française malgré des productions inégales et, sur certains aspects, discutables. Ils ont un capital sympathie énorme.

Sauf que lorsqu’on imagine l’as de la gâchette, « Fifi » n’est clairement pas notre premier choix pour l’incarner et les premiers visuels ne nous ont pas rassurés. On craignait que ce Parfum de Cupidon ne soit qu’une occasion pour la troupe de se faire un petit trip égocentrique et de nous faire payer le prix du billet. Sentiment vite renforcé par la première bande-annonce et la mise en avant de Boudali et Arruti dans la peau de personnages rajoutés.

Nicky Larson jusqu’au bout du Magnum

Si on vous parle de tout ça, c’est parce que malgré toute notre appréhension au moment de découvrir le film, il faut se rendre à l’évidence, c’est le sourire aux lèvres qu’on est sorti de la salle. Philippe Lacheau n’a eu de cesse de le dire : il a adapté Nicky Larson et non City Hunter, mais ne vous y trompez pas, il connaît aussi bien l’un que l’autre. Il y a un profond respect de (ou des) l’oeuvre et, au-delà des costumes, on apprécie de retrouver toutes les caractéristiques de nos héros.

Contrairement aux adaptations japonaises, le réalisateur ne commet pas l’erreur de singer son modèle dessiné et évite de tomber dans l’exagération poussive des réactions. Ce qui n’empêche pas Nicky de se montrer aussi obsédé qu’attendu, bien au contraire.

On applaudit également la malice avec laquelle le papa de Babysitting a su mettre en scène les éléments les plus fantasques du matériau d’origine, notamment la célèbre massue (non, on ne spoilera pas), en préservant le guignolesque sans sacrifier le réalisme. On sent que le chef de bande a bossé son sujet et a pris soin de ne rien oublier, passant du clin d’œil appuyé à celui, plus discret, qu’on retrouve parfois en second plan. Plus que sa volonté d’être le plus fidèle possible, c’est par son amour sincère et généreux pour Nicky Larson que Philippe Lacheau parvient à faire battre notre cœur de fan.

Une envie de faire plaisir qui n’empêche pas quelques fautes de parcours. Force est de constater que notre peur était justifiée et « Fifi » ne se montre pas toujours à la hauteur de son rôle. Malgré les muscles, il manque de crédibilité et de naturel lorsque Nicky doit justifier son statut de tueur professionnel, comme s’il ne se sentait pas vraiment à l’aise avec cette facette du personnage. Pas étonnant donc de le voir éviter au maximum d’y avoir recours. Par contre, aucun souci du côté d’Élodie Fontan, parfaite en volcanique Laura.

Club Dorothée forever

Pas besoin d’être fan de Nicky Larson pour savourer ce Parfum de Cupidon. Loin des comédies aseptisées qu’on nous sert un peu trop dans l’hexagone, l’humour Bande à Fifi ne manque pas de punch lorsqu’il s’agit d’oser, tout en évitant de tomber dans le graveleux. On en profite pour souligner que si l’équipe a toujours eu tendance à bien aimer la petite blague homophobe, elle n’est, ici, jamais gratuite, et colle au personnage qui, on le rappelle, déteste les hommes. Indispensable, peut-être pas, logique, indéniablement.

Et puis il y a cet usage gourmand des éléments de notre quotidien pour nous faire rire aux travers des slogans, des citations, des références placées ici et là. Le réalisateur et co-scénariste (avec son frère) ne paraît jamais à court d’idées et parvient à utiliser avec la même efficacité son sens de l’écriture et son cadrage pour nous faire rire. À un rythme effréné, il se passe ou il se dit constamment quelque chose à l’écran.

On peut dire ce qu’on veut, Philippe Lacheau met du cœur et de l’énergie à l’ouvrage. Une surexcitation qui donne, par moment, à son film un petit côté nanar un brin perturbant en premier lieu. Mais vu l’ensemble, on finit par penser que même le manque de justesse de jeu des acteurs qui saborde quelques séquences serait finalement volontaire. On a gardé le meilleur pour la fin puisque pas de Nicky Larson sans… Le Club Dorothée ! La Bande à Fifi a été (comme nous) biberonnée au programme de notre Doro nationale – qui a évidemment droit à son caméo – et on doit reconnaître qu’elle s’est éclatée à nous glisser des clins d’oeil divers et variés tout du long aux dessins animés et autres sitcoms iconiques.

Sans vous citer des exemples, histoire de ne pas vous gâcher le plaisir, sachez juste qu’on en a des hilarants, des subtils, des visuels, des détournés… et ils font mouche à chaque fois ! Nicky Larson et le parfum de Cupidon se présente comme un long-métrage riche, œuvre générationnelle qui s’apprécie à différents niveaux, mais avec le même plaisir, qu’il soit coupable ou non.

Notre avis

Comme dirait notre maman, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, et c'est ce qui nous pousse aujourd'hui à faire nos excuses à Philippe Lacheau. Nous étions certains qu'il allait se planter avec son adaptation et si on dénombre effectivement quelques loupés, on ne peut plus nier sa réussite. Nicky Larson et le parfum de Cupidon est un film drôle et sincère, réalisé par un passionné. Oui, on a eu tort de douter, de critiquer, et, monsieur Lacheau, laissez-nous vous dire pardon et... merci !

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