Critique

[Critique] Sans un bruit : Le silence est-il vraiment d’or ?

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Henri le

Avec Sans un bruit, l’acteur et réalisateur John Krasinski tente une incursion dans un genre en pleine mutation aux US : Le film d’épouvante. Le frisson de l’été ?

Le film d’horreur américain fait sa mue. Il était temps.  Sclérosé depuis des années par les poncifs des années 80, le genre évolue grâce à l’ingéniosité d’une nouvelle vague de réalisateurs et la malice de certaines sociétés de production. Get Out, It Follows, Don’t Breathe ou encore The Witch ont soufflé un vent de fraîcheur sur le genre, sans forcement mépriser leur statut initial de série B. Des succès aussi bien publics que financiers qui ont attiré la convoitise des plus gros studios, en quête de rentabilité éclair.

Krasinski semble l’avoir compris et a réussi à convaincre Platinum Dunes, la société de Michael Bay spécialisé dans les remakes de film d’horreur, de le suivre sur Sans un bruit. Un choix judicieux puisque le film a déjà réalisé 185 millions de dollars de recettes, pour 17 investis.

Conscient que ces récents succès partent tous d’un postulat fantastique inexpliqué, il a imaginé un monde dominé par des monstres surpuissants, qui tuent les humains dès qu’ils émettent le moindre bruit. Il y incarne un patriarche attristé par la mort d’un de ses enfants, qui tente tant bien que mal de faire survivre le reste de sa famille.

De ce mutisme forcé découle une vraie proposition de cinéma. Il force le spectateur à sans cesse tendre l’oreille, le rendant encore plus vulnérable à une apparition. Mieux encore, il transforme leur demeure et la nature environnante en piège potentiellement bruyant, et donc mortel.

Un excellent moyen de maintenir la tension à moindres frais, et de conserver assez longtemps le mystère autour de l’apparence (très réussie) des créatures. Cette œuvre qui pouvait s’apparenter à un simple « film à concept » lorgne alors plus vers le rollercoaster sensoriel, mettant nos sens aux aguets. En ce sens, Sans un bruit est un pur film de salle.

La caméra de Krasinski livre en revanche un peu trop facilement les éléments déclencheurs à une attaque. Un nouveau-né, une porte qui grince, un clou rouillé… Autant de saynètes qui nous rappellent que l’être humain vit bruyamment et qu’une survie aussi longue tient du miracle.

Pourtant, Krasinski nous fait oublier ce postulat grâce à une vraie science du rythme et un casting judicieux. Le couple qu’il forme avec Emily Blunt, qui est aussi sa compagne dans la vie, fonctionne particulièrement bien.

Les deux acteurs sont d’ailleurs bien épaulés par les jeunes Millicent Simmonds et Noah Jupe. Ces derniers ne font jamais office de faire-valoir ou de fardeaux, rôle encore trop donné aux enfants dans le cinéma d’épouvante.

Les quatre interprètes forment un ensemble cohérent et apportent un volume émotionnel bienvenu, surtout lors d’une seconde partie plus classique, où la bande-son s’infiltre un peu trop à notre gout.

Le film se transforme alors en un slasher un peu moins inspiré, mais toujours enlevé. Mais Krasinski privilégie toujours l’angoisse au gore, ce qui lui permet de faire perdurer le suspense jusqu’au bout à défaut d’être vraiment terrifiant. Sans un bruit, l’américain vient de réaliser un joli petit braquage.

Notre avis

Fort d'un postulat certes peu crédible mais original, Sans un bruit réussit un joli coup de poker. À la fois acteur et réalisateur, John Krasinski livre un film bien rythmé et souvent ingénieux. S'il se formalise dans sa seconde partie, la belle prestation d'Emily Blunt et des jeunes acteurs qui l'accompagne permet de maintenir la tension de bout en bout. Une crise de nerf très recommandable.

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